Un succès qui s’accélère à l’exportation
Et il n’y a pas qu’aux États-Unis que le remplacement des vénérables Harpoon (et d’autres missiles similaires) propulse le NSM au sommet des ventes de missiles antinavires. La carrière internationale du NSM débute en 2008 avec une première vente remarquée auprès de la Pologne, qui a acheté au fil des années plusieurs centaines de missiles afin d’équiper ses batteries côtières, et qui a d’ailleurs récemment signé un contrat pour la production sous licence du NSM. La seconde vente s’effectue en 2015 auprès de la Malaisie, qui décide d’en équiper ses corvettes Gowind achetées auprès de la France. S’ensuit, peu de temps après, la sélection par l’US Navy, déjà évoquée, ainsi qu’un accord de coopération entre la Norvège et l’Allemagne, qui décide de s’équiper du NSM afin de remplacer le Harpoon sur ses frégates existantes. En 2018, le Canada annonce vouloir intégrer le NSM sur ses futures frégates.
En 2021, le missile est sélectionné par la Roumanie, dans sa version de défense côtière. Début 2022, l’Indonésie déclare vouloir se doter de patrouilleurs lance-missiles équipés de NSM, sans toutefois passer commande. Puis, toujours en 2022, les déclarations et contrats se multiplient. Coup sur coup, l’Australie, l’Espagne puis le Royaume-Uni confirment avoir opté pour le NSM afin de remplacer les Harpoon vieillissants sur les frégates en service. Puis, en fin d’année, les Pays-Bas sélectionnent officiellement le NSM pour leurs futures frégates achetées conjointement avec la Belgique, qui devrait donc en toute logique s’équiper également de NSM. Le tout sur fond de commandes supplémentaires de la part de la Norvège, des États-Unis ou encore de la Pologne.
Chez KDA et Raytheon, l’année 2023 aura donc été en grande partie consacrée à la signature de ces divers contrats, aux dernières négociations avec la Lettonie, dernière cliente en date du système, mais aussi à la construction d’une nouvelle usine. Indispensable pour pouvoir gérer toutes ces nouvelles commandes, cette nouvelle chaîne de production doit normalement entrer en service en 2024. Et outre les commandes en cours, elle pourrait bien s’avérer utile pour absorber les futures commandes issues d’autres nouvelles opportunités commerciales. En effet, plusieurs négociations sont en cours, notamment en Europe de l’Est, en Europe du Nord et en Asie.
Qui pourra arrêter le NSM ?
Étant donné la séquence commerciale de 2022-2023, on pourrait croire qu’aucun concurrent ne pourra arrêter le NSM, et que ce missile léger, au mode de guidage passif, représente un nouveau standard immuable pour les missiles antinavires occidentaux. Mais en réalité, si le NSM présente de très nombreux avantages, aussi bien sur le plan des performances qu’en matière de modèle industriel, il ne représente pas pour autant un système d’armes parfait en tous points. Et ce qui peut apparaître comme une solution idéale pour certains utilisateurs, dans certaines circonstances, peut au contraire rebuter d’autres clients potentiels ayant d’autres besoins et impératifs opérationnels.
En premier lieu, il convient de revenir sur certains des compromis techniques du NSM qui, dans certaines circonstances, peuvent s’avérer handicapants. Avec une masse de 350 kg, le NSM est deux fois plus léger que l’Exocet français, le Harpoon américain ou le RBS‑15 suédois, ce qui permet de l’intégrer sur de plus petits porteurs. En contrepartie, toutefois, il dispose d’une charge militaire également deux fois plus légère, ce qui le rend moins efficace face à certaines cibles de grandes dimensions. Son autodirecteur infrarouge, totalement passif, lui permet en théorie de trouver sa cible sans émettre d’ondes radar, et donc sans trahir sa présence.
Toutefois, le guidage IR présente une portée bien plus réduite qu’un autodirecteur radar dans des conditions météo dégradées (brumes, embruns, mers formées, etc.), obligeant alors le NSM à prendre plus d’altitude qu’un missile à guidage radar, l’exposant plus facilement aux capteurs (actifs ou passifs) des navires ciblés. De plus, lorsque les missiles ne peuvent compter sur une désignation de cible par liaison de données, le facteur discriminant pour la distance d’engagement est la portée intrinsèque de l’autodirecteur. Or, les autodirecteurs radars modernes restent plus performants par tous les temps, notamment lorsqu’il s’agit d’estimer la distance exacte de la cible, et donc d’adapter au mieux la trajectoire du missile. De fait, pour beaucoup de clients du NSM, le missile norvégien s’avère être un excellent système, notamment pour les navires légers et les batteries côtières, sans être pour autant l’alpha et l’oméga de la lutte antinavire. Ainsi, la Pologne, l’Allemagne et la Finlande vont utiliser conjointement le NSM/JSM norvégien (1) et le RBS‑15 suédois, tandis que la Malaisie et l’Indonésie devraient opérer simultanément des NSM et des Exocet, les différents missiles étant plus complémentaires que concurrents.
Enfin, la question des délais de livraison, qui se rallongent malgré l’extension des capacités de production, pourrait bien finir par pousser certains clients potentiels à se tourner vers d’autres fournisseurs capables de livrer plus rapidement en plus grande quantité. La rançon du succès, en quelque sorte, que beaucoup d’autres missiliers seraient sans doute prêts à payer également.
Note
(1) Le JSM, Joint strike missile, est la désignation commerciale du NSM vendu par Raytheon et intégrable au F‑35.
Légende de la photo en première page : Tir depuis la surface. En quelques années, le NSM est devenu un missile antinavire de référence. (© Kongsberg)













