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Taïwan peut-elle tenir ?

Cet antidéterminisme est également le propre de la politique internationale. Or, là aussi, l’avantage comparatif taïwanais pourrait s’éroder. La durabilité du soutien américain est le point le plus évident : au-delà même de la question d’une intervention directe des États-Unis contre la Chine, il y a celle de l’aide apportée à Taïpei en lui livrant du matériel. Le positionnement américain influera sans doute également sur celui d’alliés asiatiques de Taïwan, à commencer par le Japon. S’engager seul en appui de Taïwan, sans les États-Unis, impliquerait que Tokyo réduise ses capacités face à la perspective d’une nouvelle contingence. À bien des égards, c’est aussi le cas de pays plus en périphérie qui pourraient appuyer les États-­Unis – Australie, Inde –, mais qui ne le feraient pas sans un engagement préalable de Washington. Quant aux forces britanniques ou françaises, celles déployées en Indopacifique sont insignifiantes ; et un engagement plus massif en appui de Taïwan nécessiterait plusieurs semaines avant de se concrétiser.

La Chine semble, du reste, avoir observé de près la guerre d’Ukraine. Dans ses développements militaires d’abord, et notamment l’importance de la logistique, de la puissance de feu ou encore des usages du renseignement afin de nourrir une « kill chain » permettant de contrer la dispersion et la mobilité des forces du défenseur ; puis du point de vue politico-stratégique : si l’Ukraine a su encaisser le premier choc russe par ses propres moyens, elle est ensuite devenue autrement plus dépendante de ses soutiens pour poursuivre ses opérations. À bien des égards, ce serait aussi le cas pour Taïwan  ; à la seule différence qu’il sera bien plus facile à Pékin d’interdire les flux de matériels vers « l’île rebelle » que, pour Moscou, d’interdire ceux provenant de Pologne ou de Roumanie. Surtout, Pékin n’aura certainement pas manqué d’observer avec attention les avantages opérationnels des actions d’influence sur l’opinion publique américaine, de plus en plus portée sur l’isolationnisme… 

Notes

(1) Voir Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 68, octobre-novembre 2019.

(2) Voir Pierre Petit, « Les troupes de marine chinoises », Défense & Sécurité Internationale, hors-série n° 48, juin-juillet 2016.

(3) Les brigades de l’armée de terre comptent quatre bataillons amphibies (deux compagnies d’infanterie mécanisée et deux compagnies de canons d’assaut à 14 engins amphibies chacune, une compagnie d’appui-­feu) de 500 à 600 soldats ; un bataillon de reconnaissance ; un bataillon d’artillerie ; un bataillon de défense aérienne ; un bataillon de soutien opérationnel (génie, guerre électronique) ; un bataillon de soutien (unités médicales, logistiques, de maintenance).

Légende de la photo en première page : Une frégate de classe Kang Ding. La Chine a fait évoluer ses capacités hauturières, alors que celles de Taïwan stagnaient. (© Taiwan Presidential Office)

Article paru dans la revue DSI hors-série n°95, « Défendre Taïwan : quelles options face à la Chine ? », Avril-Mai 2024.

À propos de l'auteur

Joseph Henrotin

Rédacteur en chef du magazine DSI (Défense & Sécurité Internationale).
Chargé de recherches au CAPRI et à l'ISC, chercheur associé à l'IESD.

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