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Lutte anti-drones et haute intensité : quels enseignements tirer du conflit ukrainien ?

Innovation tactique et débrouillardise

Heureusement pour Kyiv, s’il y a une ressource dont ne semblent pas manquer les militaires ukrainiens, c’est bien l’imagination. Alors que les premières vagues de Shahed‑136 ont pris de court les systèmes C‑UAV ukrainiens, mal adaptés à cette menace, les forces locales se sont rapidement réorganisées, inventant de nouvelles tactiques capables d’exploiter au mieux les armes légères à leur disposition, faisant rapidement chuter le taux de réussite des drones kamikazes russes. L’une consiste à positionner des équipes de détection équipées de caméras thermiques sur les axes d’arrivée probable des drones assaillants. Une fois la menace détectée, la cible est alors illuminée par un « simple » pointeur laser, certes puissant, mais disponible sans difficulté sur le marché civil. Ainsi éclairé, le drone peut être pris pour cible par de simples mitrailleuses et autres armes légères, sans qu’il ne soit nécessaire de doter chacune d’entre elles d’un viseur thermique ou infrarouge. Une solution ingénieuse, qui permet une économie de moyens substantielle et un gain opérationnel plus que significatif, donc.

Parallèlement, d’autres solutions improvisées pourraient être à l’étude. On a notamment pu voir des images de drones civils DJI Matrice 600 équipés… d’une mitrailleuse légère ! Il est probable qu’une telle solution serve en priorité à des frappes contre des fantassins retranchés, même si cela pourrait également offrir une certaine forme de protection contre des hélidrones, notamment. En effet, au moins une séquence vidéo a montré un drone utilisé dans une mission anti-­drones, en venant percuter volontairement les rotors du système adverse. Si cette technique est efficace, en ultime recours, elle entraîne un risque élevé de perdre son propre drone, aussi bon marché soit-il. L’idée d’armer des drones anti-­drones, que ce soit avec des armes légères ou avec des brouilleurs dirigés, par exemple, pourrait alors s’avérer séduisante. Dans tous les cas, le théâtre ukrainien s’apparente aujourd’hui à un véritable laboratoire à grande échelle pour le développement et l’amélioration des systèmes d’armes les plus avancés. La lutte anti-­drones, qui revêt une importance vitale pour la population et l’économie ukrainiennes, s’y prête tout particulièrement.


La lutte anti-drones dans un contexte de haute intensité : le point de vue de MC2 Technologies

Les systèmes de lutte anti-­drones (LAD) ont été développés ces dernières années afin de répondre à une menace croissante, celle des drones commerciaux. Initialement conçus pour la prise de vue aérienne de loisir et professionnelle, ces petits drones bon marché ont rapidement constitué une brèche de sécurité dans la protection des espaces aériens.

Utilisables sans grande formation ni expertise, et pouvant être transformés en engins explosifs improvisés volants, pour peu que l’on modifie leur charge utile, ils peuvent rapidement être détournés de leur usage principal à des fins malveillantes, comme la surveillance ou l’attaque de personnes ou d’infrastructures. En réalité, même sans modification matérielle ni volonté de nuire, un drone commercial mal utilisé peut rapidement venir perturber le trafic aérien d’un aéroport, ou déclencher une alerte sur un site dont le survol est interdit. Ces dernières années, les exemples d’incidents, de provocations et d’actes malveillants se sont multipliés, du survol de La Hague par un drone de Greenpeace en 2012 à la réalisation de frappes aériennes dans le cadre d’une guerre des gangs en Colombie, début 2022, en passant par la livraison de contrebande en prison, des menaces sur des stades ou des aéroports, et même un attentat manqué contre le président vénézuélien en 2021.

Que ce soit de manière intentionnelle ou accidentelle, les drones commerciaux représentent donc aujourd’hui un risque réel pour la sécurité des infrastructures civiles privées et étatiques (aéroports, raffineries, stations d’épuration, ministères, centrales électriques, etc.), mais aussi militaires, en permettant de renseigner l’ennemi sur des positions de troupes, de bâtiments, de véhicules, etc. Alors que les drones commerciaux s’améliorent d’année en année, les moyens de LAD ont dû également évoluer afin de s’adapter aux menaces potentielles, mais aussi au contexte d’emploi. Si, dans un usage purement militaire, il est envisageable de détruire un minidrone par un moyen cinétique de type mitrailleuse ou lance-­grenades, il est naturellement impossible d’envisager de telles solutions à proximité immédiate ou directement au-­dessus de populations ou d’infrastructures civiles sensibles. Pour intervenir dans ces situations, certains industriels, dont MC2 Technologies, ont développé des moyens de détection, d’identification, de suivi et de neutralisation adaptés, utilisant notamment des brouilleurs sectoriels multibandes, interdisant l’accès à toute une zone, ou des fusils électromagnétiques capables de brouiller les communications, la commande à distance ou même la géolocalisation du drone individuellement visé.

Les premiers retours d’expérience du conflit ukrainien

Depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine, il a été possible de constater comment des drones commerciaux, disponibles en vente libre, s’intègrent désormais dans les dispositifs militaires modernes. Que ce soit pour renseigner sur des mouvements ennemis, guider des tirs d’artillerie ou attaquer directement des véhicules et des fantassins en larguant des grenades ou des obus de mortier, ces petits UAV semblent avoir trouvé leur place au sein d’un conflit de haute intensité, et démontré le manque criant de moyens anti-­drones dans les armées occidentales. Sur le plan tactique, les enseignements du conflit ukrainien seront sans aucun doute nombreux, démontrant tout à la fois l’efficacité et l’efficience des systèmes de drones légers, mais aussi la pertinence des solutions anti-­drones ayant été déployées (et parfois improvisées) chez les deux belligérants.

Du côté des pays observateurs, les armées et les industriels semblent bien avoir tiré la sonnette d’alarme, et les réflexions se multiplient afin de concevoir des systèmes LAD pouvant s’intégrer aux véhicules et aux dispositifs armés occidentaux. Ainsi, au cours du dernier salon Eurosatory, qui s’est tenu en juin 2022, on a pu constater une réelle prédominance des équipements destinés à la lutte anti-­drones, pour protéger un dispositif étendu ou un unique véhicule blindé, particulièrement sensible aux attaques verticales. Les solutions de détection et de neutralisation de MC2 Technologies ont ainsi été sollicitées par plusieurs industriels partenaires, qui les ont intégrées à leurs systèmes LAD. Sur un véhicule TITUS, Nexter a ainsi présenté son tourelleau ARX‑30 C‑UAV, un canon de 30 mm couplé au brouilleur directionnel NEROD RF de MC2 Technologies, et dont le feu est dirigé grâce au radar MATIA, également fourni par MC2. De son côté, MBDA présentait sa solution modulaire de lutte anti-­drones Sky Warden C‑UAS. Un NEROD téléopéré était ainsi proposé comme solution de défense fixe, tandis que la version mobile de Sky Warden, intégrée sur un 4 × 4 Sherpa d’Arquus, comportait notamment un NEROD RF dans le coffre, pour un usage débarqué, et une solution de brouillage modulaire MAJES sur un mât au sommet du véhicule. Que ce soit chez Nexter ou chez MBDA/Arquus, on voit que les solutions à base de brouilleurs sont complémentaires de systèmes « hard-kill », ce qui fait écho aux retours d’expérience des conflits récents – notamment en Ukraine – qui ont démontré l’intérêt de pouvoir choisir son effecteur en fonction de la situation tactique du moment.

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