Des éléments de l’Armée luxembourgeoise sont engagés en Roumanie. Comment se passe le déploiement ? En tirez-vous déjà des leçons ?
Les « boots on the ground » de l’Armée luxembourgeoise aux côtés des Alliés démontrent de façon concrète la solidarité du Luxembourg quant à sa participation active à la dissuasion et à la défense de l’OTAN, y compris par des déploiements en Lituanie et en Roumanie.
La mission du détachement luxembourgeois en Roumanie réside dans la fourniture d’une capacité de reconnaissance légère à la compagnie belge faisant partie du groupement tactique interarmes sous commandement français et déployé à Cincu. Les troupes luxembourgeoises présentes s’entraînent aux côtés des camarades belges et français avec les unités roumaines.
L’engagement du Grand-Duché en Roumanie permet de renforcer les liens transatlantiques et de gagner en expérience au niveau multinational, et, par ce biais, de gagner en interopérabilité. Les expériences en Roumanie permettent aussi de préparer le terrain en vue de la montée en puissance du bataillon belgo – luxembourgeois.
Qui dit travail au quotidien avec la Belgique dans le domaine terrestre dit forcément « CaMo » et SCORPION… et donc travail avec la France, étant donné l’imbrication, inédite à l’échelle européenne, entre la composante Terre belge et l’armée de Terre française. Comment envisagez-vous les relations militaires avec la France ?
La Belgique et la France sont des partenaires privilégiés du Luxembourg. Les liens avec ces armées vont encore se renforcer dans les années à venir. L’imbrication entre la composante Terre belge et l’armée de Terre française via le partenariat CaMo constitue un exemple pionnier de coopération militaire en Europe, auquel le Luxembourg s’est également joint via le programme SCORPION. Cette coopération étroite au niveau européen améliore l’efficacité opérationnelle, renforce l’interopérabilité et offre un modèle de coopération qui pourrait inspirer d’autres pays de l’OTAN et de l’Union européenne. L’interopérabilité est renforcée non seulement au niveau des équipements, mais aussi au niveau des systèmes de communication et des procédures opérationnelles, jetant ainsi les bases pour une meilleure collaboration lors de missions conjointes.
Aujourd’hui déjà, l’Armée luxembourgeoise travaille étroitement avec ces deux partenaires, que ce soit au niveau des formations initiales ou des formations continues. Cette façon de procéder
permet au Luxembourg d’avoir des méthodes de travail et des réflexions tactiques similaires pour ainsi gagner en efficacité lors des exercices, des entraînements et des déploiements en commun. À partir de 2025, les entraînements et les exercices conjoints avec des unités françaises vont s’accroître et s’intensifier. Pour l’Armée luxembourgeoise, le partenariat avec la France, à côté de celui avec la Belgique, est fondamental.
Le Luxembourg a considérablement diversifié ses capacités militaires ces dernières années, avec un véritable investissement dans des capacités multinationales. Au – delà de ce qui est déjà engagé, d’autres coopérations sont-elles envisagées ?
Dans le cadre de l’effort de défense, le 12 juin 2024, la ministre de la Défense, Yuriko Backes, a présenté aux commissions compétentes de la Chambre des députés l’évolution de l’effort luxembourgeois pour atteindre 2 % du revenu national brut en matière de dépenses en 2030. Cela correspond, selon les estimations actuelles, à une augmentation de 696 millions d’euros en 2024 à environ 1,464 milliard d’euros en 2030. Le Luxembourg, ne disposant pas de la masse critique pour développer à lui seul toutes les nouvelles capacités requises, cherchera toujours des opportunités de coopération multinationale.
Dans le domaine air, pour ne citer qu’un exemple, nous envisageons de développer des capacités de défense aérienne et de défense antimissile intégrées. La guerre en Ukraine nous a montré à quel point il est important de pouvoir protéger son espace aérien de manière adéquate. Le Luxembourg ne dispose pas de telles capacités à l’heure actuelle. Or ce moyen est essentiel pour la sécurité de notre pays, de sa population et de ses infrastructures critiques. Il est évident que la mise en place et la mise en œuvre de tels moyens devront se faire en étroite coopération et en concertation avec nos pays voisins et alliés. Étant donné que les discussions à ce sujet se trouvent actuellement encore à un stade préliminaire, des éléments plus concrets ne peuvent pas encore être présentés.
Propos recueillis par Joseph Henrotin, le 9 juillet 2024.
Légende de la photo en première page : Défilé de troupes luxembourgeoises. Avec 900 hommes et deux compagnies de reconnaissance actuellement, c’est l’une des plus petites armées de l’Alliance. Mais l’optimisation de ses ressources et de ses investissements en fait un membre particulièrement actif. (© Ilona Lablaika/Shutterstock)













