Magazine DSI

Effecteurs déportés : derrière la bataille industrielle, les enjeux techniques

• les missions de combat. L’effecteur déporté sert alors de « remorque à munitions » au profit des appareils de combat engagés depuis lesquels les armes sont mises en œuvre. Les concepts, ici, sont en pleine maturation. Historiquement, l’engagement est vu comme air-sol, mais l’air-air devient un enjeu. Le concept LongShot, de la DARPA américaine, envisage ainsi de tirer des missiles air-air, engageant une phase d’offensive counter – air en ouverture de transit pour le reste des systèmes engagés. D’autres visions s’appuient sur les développements de l’intelligence artificielle pour disposer de drones capables de conduire un dogfight (2).

Sur la forme, les différents concepts existants jusqu’ici incluent de grands drones, ou des systèmes plus compacts pouvant eux – mêmes être mis en œuvre par les grands drones, les appareils pilotés ou encore dirigés depuis le sol, en fonction des missions assignées et des capacités recherchées. La notion même d’engagement aérien évolue donc ; et avec elle, potentiellement, celle de base aérienne. L’un des enjeux pour les aéronavales – et notamment la Marine nationale – sera ainsi de pouvoir mettre en œuvre les New generation fighter, mais aussi d’utiliser le futur porte – avions, voire d’autres bâtiments de la Marine, typiquement les Mistral, comme plateformes de lancement de drones. On pourrait donc assister à une véritable manœuvre aéronavale distribuée depuis l’ensemble d’une task force. Plus largement, tous les concepts présentés mettent en avant une meilleure maîtrise des coûts, mais aussi la recherche de la furtivité, qui joue à plein avec des systèmes plus compacts que les appareils de combat. L’engagement de drones contre des systèmes radars retarde alors d’autant plus le moment de la détection des appareils pilotés.

Le coût est lui – même un enjeu : les drones permettent de massifier les forces aériennes et d’économiser la coûteuse formation de pilotes. Ils augurent aussi des coûts d’usage moins importants et des durées de vie plus longues ; mais le véritable enjeu en termes de maîtrise des coûts est moins l’appareil en lui – même que l’infrastructure logicielle, des IA assistant les pilotes aux clouds de combat, en passant par la gestion des liaisons de données et au maintien de la connectivité sous forte contrainte de guerre électronique. En ce sens, des choix délicats seront à faire en matière d’intégration des IA et d’aptitude à se passer de connexion. En cela, l’approche multidomaine/M2MC (multimilieux, multichamps) n’est pas qu’une opportunité en termes tactiques, elle est également une nécessité vitale à la mise en œuvre de ces systèmes, par le spatial et le cyber.

Game of drones

La dépendance des effecteurs déportés aux progrès enregistrés dans les secteurs cyber et spatial du multidomaine est ainsi telle qu’il est difficile d’évaluer la maturité technique des concepts. De ce point de vue, les annonces faites par les uns et les autres sont trompeuses : la présentation de projets identifiables, en affichant les paramètres classiques de l’évaluation que l’on fait lors de la présentation de tout nouvel appareil de combat, se heurte à des aspects autrement plus discrets, mais cardinaux. Si l’on n’en a que des bribes, les progrès en la matière sont rapides, appuyés sur des évolutions radicales dans les domaines de l’IA, de la guerre électronique, des communications ou encore de la puissance de calcul.

Il n’en demeure pas moins que les industriels fourbissent leurs armes et leurs projets, au risque de tensions dans les programmes déjà engagés. Pour le SCAF, MBDA et Airbus avaient présenté chacun un effecteur, respectivement léger et lourd, et Airbus a présenté récemment la maquette à l’échelle 1:1 d’un deuxième, baptisé « wingman » sur le salon ILA de Berlin. Il s’agit pour la firme de répondre à une expression de besoin allemande pour un appareil qui soit disponible dans les années 2030, avant la mise en service d’un SCAF dont le calendrier glisse, imposant un maintien en ligne des Typhoon. En l’occurrence, c’est surtout le démonstrateur d’une machine qui doit être déclinée suivant différents types de fonctions (brouillage, renseignement et engagement) en complément d’un Eurofighter, le pilote gardant la main. Avec son design futuriste, il est optimisé pour la réduction de sa signature, élimination de la dérive et charge utile interne comprises, et atteindra des vitesses supersoniques. Si Airbus s’occupe de l’appareil, Helsing sera chargé des aspects logiciels et notamment de la fusion de données – la firme, qui a été sélectionnée pour l’IA du SCAF, ambitionne aussi de l’être pour celle du GCAP dans le cadre de son « projet Centaur ».

En l’occurrence, Berlin travaille depuis 2019 à une évolution du Typhoon qui, comme le Rafale F5 en France, permettra de mettre en œuvre son Wingman – avec en ligne de mire une intégration sur le Typhoon Tranche 5, dit Long Term Evolution. Pour ce faire, un pod spécifique, le STAR (System and teaming advanced research) est utilisé pour les essais. Pour ne rien simplifier, Diehl a également présenté deux systèmes, le FEANIX (Future effector – adaptable, networked, intelligent, expendable), de 300 kg pour 4 m de long, et le HRC (Heavy remote carrier), présenté comme vecteur des missiles air-air à courte et longue portée FCAAM.

0
Votre panier