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Effecteurs déportés : derrière la bataille industrielle, les enjeux techniques

Si le Wingman d’Airbus n’est pas encore l’objet d’un programme en bonne et due forme et que l’effort anticipe les futurs besoins allemands – on peut gager qu’une formalisation finira par intervenir –, la France n’est pas en reste. Au cours du dernier salon du Bourget, il était question d’un développement propre à la France, sur la base du Neuron, et destiné à accompagner un futur Rafale F5 qui sera lui – même inter-
opérable avec le SCAF. A priori donc, on imagine mal que le futur effecteur franco – français ne soit pas lui – même interopérable avec le système franco – allemand. En l’occurrence, contrairement à l’Allemagne, le calendrier semble mieux défini, avec de premiers financements débloqués dans le cadre de l’actuelle Loi de programmation militaire.

Sur le marché européen des effecteurs déportés, on note également les importants efforts suédois, avec des essais en soufflerie de la maquette d’un drone lourd, monoréacteur bidérive aux formes furtives et optimisé pour le vol supersonique, dont les premières images ont été récemment rendues publiques par Saab. La question, ici, est celle de son statut : au-delà de l’effort de recherche et développement, peut-il être positionné en appui des Gripen E/F, voire sur le GCAP, sachant que la Suède s’est éloignée d’un programme auquel elle n’a jamais formellement participé, mais dans lequel elle pourrait jouer un rôle de sous-traitant ? Le tout en sachant que Londres avait fini par annuler, en 2022, son propre programme Mosquito sans lui trouver de successeur, au motif d’une évaluation des besoins opérationnels.

À cela, il faut encore ajouter que le marché occidental des effecteurs déportés comprend d’autres acteurs qui pourraient être tentés de se positionner en Europe. L’Australie, en partenariat étroit avec les États – Unis, pourrait placer son MQ‑28 Ghost Bat non seulement chez les utilisateurs européens du F‑35 – pour l’appui duquel il a d’abord été conçu, bien qu’il ne lui soit exclusif –, mais aussi jusque sur le GCAP. Et voir le Japon, qui a rejoint le GCAP, être aussi intéressé par l’alliance AUKUS, dont le MQ‑28 pourrait devenir l’un des projets phares alors que cette même alliance s’intéresse de près à l’IA, ne manque pas de sel. On note que le troisième partenaire du GCAP, l’Italie, est aussi un utilisateur du F‑35. Il restera également à voir dans quelle mesure les États-Unis proposeront à l’exportation d’autres systèmes propres développés dans le cadre du NGAD et du projet Skyborg.

In fine, il faut bien constater que les effecteurs déportés sont un enjeu industriel majeur : rien que pour le SCAF, six designs pourraient ainsi voir le jour en comptant les nouveautés présentées au salon ILA. Et peut-être même sept, si les travaux suédois débouchent sur un système opérationnel, éventuellement mis dans la balance de la coopération capacitaire franco – suédoise… Mais derrière les grandes manœuvres industrielles, le facteur majeur restera politique : parler d’effecteurs déportés, c’est avant tout parler de l’interopérabilité des IA, des clouds et des liaisons de données, au risque éventuel de partager ce qui apparaît de plus en plus comme des systèmes à forte intensité de souveraineté. À ce jeu, les défis en termes de coopération sont bien plus politiques que techniques…

Notes

(1) Joseph Henrotin, « Effecteurs déportés et “ailiers loyaux”. Retour à la masse, écarts technologiques et reconfiguration de la puissance aérienne », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 78, juin-juillet 2021.

(2) Voir nos veilles stratégiques.

Légende de la photo en première page : Le MQ-28 Ghost Bat (à gauche) et le MQ-25 Stingray. Le premier pourrait bien faire une entrée fracassante sur le marché européen. (© Boeing)

Article paru dans la revue DSI n°172, « Marine royale néerlandaise : cap au large », Juillet-Août 2024.
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