Magazine Les Grands Dossiers de Diplomatie

Les migrations internationales aujourd’hui et demain

Prenons l’exemple de l’Europe. Les projections démographiques publiées par Eurostat en 2023 annoncent dans leur scénario central que les naissances continueraient de diminuer dans l’Union européenne à 27 pays dans les prochaines décennies, et les décès d’augmenter, de telle sorte que le déficit des naissances sur les décès, un million en 2023 (quatre millions de naissances contre cinq millions de décès), se creuserait pour atteindre deux millions en 2060 (12). L’augmentation des décès est pratiquement inévitable même si l’espérance de vie continue de progresser. Les générations nombreuses nées pendant le baby-boom, qui ont entre 60 et 80 ans en 2025, vont en effet vieillir puis mourir. En écho au baby-boom, on enregistrera un boom des décès 80 à 90 ans plus tard. Le scénario d’Eurostat suppose un relèvement progressif de la fécondité jusqu’à un niveau de 1,85 enfant par femme, les différents pays convergeant vers ce niveau en 2150. Il suppose aussi que l’immigration va continuer, le solde migratoire se situant autour de 1,2 million par an tout au long de la projection. À ce niveau, les migrations compenseraient l’excédent des décès sur les naissances, mais qu’en partie, la population des 27 diminuant de 6 % d’ici 2100, passant de près de 450 millions en 2023 à 420 millions en 2100.

Pour illustrer le rôle de l’immigration dans l’évolution démographique de l’Europe, Eurostat a calculé des projections en faisant l’hypothèse qu’à partir de 2023 le solde migratoire était nul. Ce scénario « sans migration » est irréaliste mais il a une portée pédagogique : il montre ce que serait l’évolution si l’immigration était stoppée en Europe à partir d’aujourd’hui. Dans ce cas, la population des 27 diminuerait jusqu’à atteindre 295 millions en 2100, soit une réduction d’un tiers (155 millions) par rapport à 2023. La population de l’Europe ne pourra se maintenir à terme à un niveau proche de celui d’aujourd’hui que grâce à une immigration importante, même dans le cas où la fécondité se relèverait.

Notes

(1) Gildas Simon, « Les migrations internationales », Population & Sociétés, n°382, aout 2002 (https://​rebrand​.ly/​b​3​3​b62).

(2) Nations Unies, « International Migrant Stock 2020 » (https://​www​.un​.org/​d​e​v​e​l​o​p​m​e​n​t​/​d​e​s​a​/​p​d​/​c​o​n​t​e​n​t​/​i​n​t​e​r​n​a​t​i​o​n​a​l​-​m​i​g​r​a​n​t​-​s​t​ock) ; « Global Migration Database » (https://​www​.un​.org/​d​e​v​e​l​o​p​m​e​n​t​/​d​e​s​a​/​p​d​/​d​a​t​a​/​g​l​o​b​a​l​-​m​i​g​r​a​t​i​o​n​-​d​a​t​a​b​ase).

(3) Ibid.

(4) Ce chiffre diffère de celui publié par l’Insee (10 %). Les Nations Unies comptent en effet comme immigrée toute personne née à l’étranger alors que l’Insee réserve la dénomination d’immigré aux seules personnes « nées étrangères à l’étranger », en excluant les personnes nées à l’étranger de parents expatriés, ayant donc la nationalité de leur pays de résidence depuis leur naissance.

(5) Jesus González-García et al., « Sub-Saharan African Migration, Patterns and Spillovers », Fonds monétaire international, Spillover Note 9, novembre 2016 (https://​rebrand​.ly/​0​e​6​45b).

(6) Stephen Smith, La ruée vers l’Europe : la jeune Afrique en route pour le Vieux Continent, Grasset, 2018.

(7) François Héran, « L’Europe et le spectre des migrations subsahariennes », Population & Sociétés, n°558, aout 2018 (https://​www​.cairn​.info/​r​e​v​u​e​-​p​o​p​u​l​a​t​i​o​n​-​e​t​-​s​o​c​i​e​t​e​s​-​2​0​1​8​-​8​-​p​a​g​e​-​1​.​htm).

(8) Jesus González-García et al., op. cit.

(9) François Héran, op. cit.

(10) Gilles Pison, Atlas de la population mondiale, Autrement, 2023.

(11) Stephen Smith, op. cit.

(12) Eurostat, « EUROPOP2023 – Projections de population au niveau national (2022-2100) », 2023 (https://​ec​.europa​.eu/​e​u​r​o​s​t​a​t​/​f​r​/​d​a​t​a​/​d​a​t​a​b​ase).

Légend de la photo en première page : Départ de réfugiés ukrainiens au poste-frontière entre l’Ukraine et la Pologne, à Medyka, le 17 mars 2022, après le début de la guerre. Selon l’ONU, depuis le lancement de l’attaque russe, plus de 6,3 millions de réfugiés ukrainiens ont été enregistrés à travers l’Europe. (© Shutterstock)

Article paru dans la revue Les Grands Dossiers de Diplomatie n°84, « Géopolitique des migrations », Février-Mars 2025.
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