Plusieurs bases aériennes israéliennes – Tel Nof, Hatzerim, Nevatim – ont été ciblées, de même que le quartier général du Mossad et des positions dans des zones urbaines, les images montrant clairement une série d’impacts – dont le nombre n’est pas connu, mais dépasse la trentaine au vu des vidéos postées sur les réseaux sociaux. Les plateformes gazières israéliennes en Méditerranée ont également été ciblées. Plusieurs missiles iraniens se sont écrasés peu après leur décollage et la population israélienne, rapidement prévenue via le système d’alerte national (3), a trouvé refuge dans le système d’abris, de sorte que seulement un mort et quatre blessés ont été à déplorer en Israël et en Cisjordanie. Peu avant l’attaque, toute la flotte de ravitailleurs en vol et une bonne partie des chasseurs israéliens avaient décollé, ce qui laisse envisager des dommages minimes.
Le système de défense antibalistique israélien s’est une fois de plus avéré efficace. La Jordanie a également effectué plusieurs tirs de missiles Patriot et plusieurs SM‑3 ont été tirés depuis trois destroyers américains. L’effet recherché était de toute évidence la saturation, mais le système israélien semble avoir correctement fonctionné dans les tris effectués, avec des tirs défensifs menés uniquement sur les engins susceptibles de frapper des positions civiles. Le nombre d’interceptions réussies n’a pas été divulgué. Il reste cependant à voir dans quelle mesure les stocks israéliens ont été entamés : depuis le 7 octobre 2023, ils ont été largement mis à contribution pour les systèmes de plus courte portée. Depuis lors, plusieurs commandes de recomplètement des stocks ont été annoncées. L’inverse est également vrai : la consommation de missiles iraniens, de même que l’équipement des Houthis et du Hezbollah, a sans doute eu des conséquences sur l’arsenal de Téhéran, estimé par les Américains, avant 2024, à 3 000 missiles.
La riposte israélienne est intervenue le 26 octobre, avec l’opération aérienne « Jours de repentance », contre une vingtaine de positions en Iran, mais aussi en Irak et en Syrie. Une centaine d’appareils ont été mobilisés, en trois vagues ; tous sont revenus ensuite à leurs bases, Israël semblant avoir prévenu l’Iran de la nature de la riposte. Ce sont cependant des sites militaires ou assimilés qui ont été frappés : l’essentiel des batteries antiaériennes à longue portée et des radars d’alerte avancée, une installation de recherche nucléaire, une usine de fabrication de drones et des installations de production de carburant solide utilisé pour la construction de missiles balistiques. Les cibles ont été traitées à distance de sécurité, sans pénétrer dans l’espace aérien iranien, y compris par des missiles antibalistiques Rampage. Les missiles ont été tirés en Irak, après un transit par la Syrie. Des F‑35I semblent quant à eux avoir été engagés directement en Iran.
Ce raid était intéressant à deux égards, d’ailleurs complémentaires. D’une part, d’un point de vue opérationnel, le choix des cibles dénote l’intention d’empêcher l’Iran ainsi que ses proxys de reconstituer leurs capacités aérobalistiques. D’autre part, et surtout, d’un point de vue déclaratoire, la destruction d’une bonne partie des capacités de défense aérienne à longue portée – y compris celles protégeant la raffinerie d’Abadan et le port de Bandar Khomeiny – est remarquable. Outre qu’elle démontre la vulnérabilité de l’Iran et son incapacité à se défendre même en disposant de ces batteries, ces frappes préparent une possible poursuite des opérations contre d’autres installations – ce qui accroît donc la liberté d’action israélienne, tout en renforçant la manœuvre de dissuasion.
Les actions sur les défenses aériennes ont ainsi une structure analogue à celle d’une campagne SEAD préparatoire à des actions de frappe qui permettraient d’engager dans l’espace aérien iranien d’autres appareils que les F‑35I. L’action du 26 octobre revient à établir un rapport de force coercitif, en menaçant d’une nouvelle action, toujours par voie aérienne, mais cette fois sur des infrastructures militaires, voire économiques, dans un contexte où l’évolution de la force aérienne iranienne ne permet pas de compenser la perte des batteries. Si la reconstitution de cette capacité sera sans doute une priorité pour Téhéran, il faut aussi constater que les actions israéliennes montrent que la valeur de la SEAD n’est pas uniquement opérative – ce que l’histoire a amplement démontré –, mais peut être stratégique à proprement parler.
Notes
(1) Adrien Fontanellaz, « Proche-Orient et Moyen-Orient : missiles dans la nuit », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 97, août-septembre 2024.
(2) Paul Iddon, « Israel Made Missiles to Simulate Iran’s Arsenal, The Fired at Them », Forbes, 1er novembre 2024.
(3) Sur ce dernier : Joseph Henrotin, « Défense antimissile : les grandes espérances ? », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 99, décembre 2024-janvier 2025.
Légende de la photo en première page : Un F-16I Sufa doté d’un missile Rampage. Avec une charge de 150 kg, sa portée peut atteindre 250 km. (© IDS Spokesperson)













