Enfin, nos valeurs communes — le multilatéralisme, l’ordre international fondé sur des règles et la primauté du droit — constituent un socle solide pour notre coopération. Nos positions convergent sur la plupart des enjeux mondiaux, et alors que la Corée entame sa deuxième année en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, notre souhait est de poursuivre une collaboration constructive avec la France au sein de cette instance.
On peut également souligner un intéressant jeu de passage de relais entre nos deux pays : la France a organisé en février dernier un sommet sur l’intelligence artificielle après celui tenu par la Corée, et en 2028, la Corée envisage d’accueillir la 4e Conférence sur les océans après la France. Ce parallélisme témoigne du vaste champ de coopération possible entre nos nations sur des questions globales essentielles comme l’IA et l’environnement maritime.
Dans quels secteurs économiques la Corée du Sud est-elle aujourd’hui principalement présente en France ? Et quels sont les atouts de la France pour les entreprises sud-coréennes qui cherchent à investir en Europe ?
La France joue un rôle clé en tant que porte d’entrée pour les entreprises coréennes désireuses de s’implanter en Europe. Plusieurs facteurs expliquent cet attrait :
• Premièrement, la France possède la deuxième plus grande économie de l’UE et bénéficie d’une proximité géographique avec des marchés majeurs comme l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie, ce qui en fait une plateforme stratégique pour le commerce et les investissements.
• Deuxièmement, grâce à son plan « France 2030 », axé sur la transition écologique et numérique, la France adopte des politiques d’attractivité plus avancées et tournées vers l’avenir que d’autres pays concurrents.
• Troisièmement, la France est une puissance scientifique et technologique reconnue, avec un environnement de recherche et développement (R&D) propice à l’innovation. Elle excelle dans des domaines tels que l’aérospatial, l’intelligence artificielle, les biotechnologies et les industries vertes, attirant ainsi de nombreuses entreprises coréennes.
Conscients de ces atouts, nous œuvrons activement à encourager les investissements coréens en France et à renforcer la coopération économique bilatérale.
L’intelligence artificielle est notamment un secteur clé de l’implantation coréenne en France. L’entreprise Naver a racheté en 2017 le plus grand laboratoire d’IA en Europe et exploite aujourd’hui Naver Labs Europe, à Grenoble — l’un des centres de recherche en IA les plus avancés au monde. Naver a même été classée parmi les 50 entreprises les plus innovantes par le Massachusetts Institute of Technology (MIT). Cette dynamique illustre l’aspiration coréenne à collaborer étroitement avec la France dans ce domaine d’avenir.
En parallèle, l’essor du marché des batteries, dans le contexte de la transition énergétique et du développement des nouvelles mobilités, constitue une autre opportunité de coopération. L’entreprise coréenne Enchem a investi 50 millions d’euros dans une usine de production d’électrolytes pour batteries à Dunkerque. Cette initiative marque le début d’une collaboration renforcée entre la Corée, leader technologique dans le domaine des batteries, et la France, qui cherche à attirer des industries de pointe dans les énergies propres.
Enfin, l’industrie culturelle est un secteur prometteur pour les échanges entre nos deux pays. La popularité croissante de la culture coréenne en France a entrainé une augmentation significative de la demande pour des produits et services coréens. À travers la K-Beauty, la K-Food et d’autres industries créatives, nous voyons un potentiel considérable pour l’expansion des entreprises coréennes sur le marché français.
On a parfois le sentiment que la relation entre les deux pays pourrait être davantage développée. Qu’est-ce qui pourrait être fait en ce sens et quels seraient selon vous les axes de coopération et d’échanges commerciaux prioritaires ?
À l’approche du 140e anniversaire de leurs relations diplomatiques en 2026, la Corée et la France se trouvent à un moment charnière de leur coopération. L’ambassade de Corée en France travaille actuellement sur plusieurs initiatives pour faire évoluer notre relation vers un nouveau chapitre.
Un axe fondamental à long terme est le renforcement des échanges humains, en particulier entre les jeunes générations. Pour consolider durablement les liens entre nos pays, il est essentiel de favoriser le développement des études coréennes en France à travers l’envoi de professeurs coréens et la création d’instituts de recherche spécialisés.
Par ailleurs, suite à des échanges étroits entre nos chefs d’État, notamment lors de leurs rencontres en 2023, nos deux nations poursuivent leur coopération dans les cinq domaines prioritaires que sont : la défense et l’industrie de l’armement ; l’économie et l’industrie ; la coopération en Indo-Pacifique et en Afrique ; les enjeux globaux, dont l’intelligence artificielle et la sécurité maritime ; les échanges culturels.













