Une importante communauté russophone vit dans ce pays bilingue depuis l’époque soviétique. Après l’invasion de l’Ukraine, le gouvernement letton a adopté une série de lois visant à accélérer la « dérussification » du pays, pour des « raisons de sécurité nationale ». Quels sont les défis pour votre pays, liés à cette communauté russophone ?
La Lettonie a été fondée le 18 novembre 1918, avec le letton comme langue officielle de l’État, comme le prévoient la Constitution et la loi sur la langue officielle. L’utilisation de la langue russe dans les communications publiques reste une question sensible en raison de facteurs historiques : pendant l’occupation soviétique illégale, les forces d’occupation ont imposé le russe comme langue principale dans tous les domaines de la vie et ont réprimé la culture, le patrimoine et l’identité lettons. Cette politique de russification forcée a eu pour effet de modifier considérablement la composition démographique. En 1935, les Lettons représentaient 75,5 % de la population. En 1989, la proportion de Lettons était tombée à 52 %.
Dans ce contexte, il est essentiel de préciser que la Lettonie n’a jamais été et n’est pas un pays bilingue. Il s’agit là de l’un des récits de propagande de la Russie. Toutefois, si le letton est la seule langue officielle de la Lettonie, l’État ne réglemente pas l’utilisation de la langue dans la vie privée : chacun peut parler la langue qu’il souhaite.
Depuis qu’elle a recouvré son indépendance le 4 mai 1990, la Lettonie a mis en œuvre des politiques d’intégration axées sur la langue et la culture lettones afin de surmonter l’héritage de l’occupation, tout en respectant les droits des minorités. Les initiatives gouvernementales ont activement encouragé l’apprentissage du letton, ce qui a permis à 86 % de la population de maitriser la langue aujourd’hui, et ce pourcentage continue d’augmenter.
Cependant, la Russie a tenté d’entraver l’intégration sociétale de la Lettonie en promouvant le concept du « monde russe », en maintenant l’idée d’un espace postsoviétique unifié par la langue russe et en plaidant pour une division illogique des habitants de la Lettonie entre Lettons et russophones. Par conséquent, l’utilisation de la langue russe est restée une question nationale sensible. Lors d’un référendum portant sur la question du bilinguisme, les citoyens lettons ont affirmé de manière décisive que le letton était la seule langue officielle de l’État.
La Lettonie a dû défendre le statut de la langue lettone dans plusieurs affaires devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Dans plusieurs affaires (1), la CEDH a reconnu le contexte historique de la Lettonie et la nécessité de traiter les conséquences de l’occupation illégale pour construire une société cohésive. Ces affaires concernaient des étapes de la réforme de l’éducation de 2018. La CEDH a souligné que la langue lettone, seule langue officielle, est une valeur constitutionnelle et que l’État a l’obligation de veiller à ce que les résidents puissent communiquer librement dans cette langue. Les arrêts indiquent que la Lettonie a le droit de prendre des mesures pour surmonter les effets de plus de 50 ans d’occupation soviétique, au cours desquels les politiques de russification ont supprimé la langue lettone.
En 2024, la Cour constitutionnelle de Lettonie a également noté que la maitrise insuffisante de la langue d’État continue d’empêcher les personnes appartenant à des groupes minoritaires de participer pleinement aux processus démocratiques et affecte leur réussite sur le marché du travail. La sensibilité entourant l’utilisation de la langue russe dans la communication publique a été encore accrue par l’agression de la Russie contre l’Ukraine initiée le 24 février 2022. Cela n’affecte en rien le fait que la Lettonie continue de respecter les droits des personnes appartenant à des groupes minoritaires.













