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Quelle défense sol-air pour l’armée de Terre ?

L’indispensable protection antiaérienne multicouche

Face à une menace aérienne protéiforme et saturante, désormais à même de peser sur les rapports de force, le besoin accru de protection antiaérienne multicouche constitue un enjeu de survivabilité pour les forces terrestres. Cette protection s’inscrit au sein d’un continuum LATTA (Lutte antiaérienne toutes armes)/LADA/DSA et s’appuie sur des capacités d’autoprotection antiaérienne valorisées pour le tir antidrone (unités TTA) ainsi que sur la rénovation de la composante DSA Terre (unités d’artillerie sol-air) répondant aux nouvelles exigences de mobilité, de protection, d’intégration à la manœuvre interarmes et d’autonomie en matière de détection 3D et de surveillance des volumes aériens alloués. L’appui DSA aux unités de mêlée, selon le procédé de l’accompagnement, en constitue la forme la plus exigeante.

Disposant d’une empreinte au sol relativement faible, les systèmes d’armes sol-air (DSA et/ou LADA spécialisée) sont constitués en pièces et employés au sein d’unités d’artillerie sol-air (2), aptes à remplir dans la durée des missions de DSA. Afin de répondre efficacement à une variété de menaces (vecteur et/ou armement délivré), une couverture mutuelle des pièces est systématiquement recherchée, compliquant de facto l’engagement SEAD de l’adversaire. L’introduction de nouveaux effecteurs mixtes canon/missile et l’exploitation de nouvelles briques technologiques telles que les armes à énergie dirigée, ainsi que les solutions de robotique terrestre, viendront faciliter et optimiser la manœuvre DSA d’ensemble.

À une logique de plateformes s’ajoute aujourd’hui une logique de capteurs et d’armements distribués travaillant en collaboration pour massifier l’engagement des mobiles ennemis contestant la basse couche. Grâce à des capteurs, une intelligence artificielle embarquée et des charges explosives de proximité, de nouveaux systèmes de neutralisation automatisés, tels que des drones intercepteurs sol-air ou air-air et des essaims de drones antidrones, peuvent détecter, poursuivre et neutraliser, voire détruire par collision les drones aériens ciblés. Les profils de vol à très basse altitude et la faible signature spectrale de ces systèmes les rendront difficiles à détecter et à suivre, ce qui compliquera les efforts des défenseurs adverses.

La bataille aérienne dans la basse couche

Pour les forces terrestres, emprunter la basse couche de l’espace aérien et maîtriser ce qui s’y passe constitue un enjeu vital, indissociable de la DSA, pour la continuité des opérations aéroterrestres et la combinaison dynamique des effets interarmes et interarmées produits au profit de la force. Trait d’union entre les milieux terrestre et aérien pour les forces terrestres, la basse couche est le domaine d’efficacité de l’artillerie antiaérienne à tir rapide et des missiles sol-air à courte ou à très courte portée (3). Elle est aussi le champ d’action des hélicoptères, des drones, isolés ou en essaim, et des MTO. Elle est enfin un espace de transit des missiles de croisière et des avions d’armes évoluant « dans les masques » du terrain et sous le volume de détection des radars adverses. Cet espace sera durablement contesté (4) compte tenu de la densification de la menace aérienne, ce qui rendra ainsi plus complexes tant l’acquisition que le maintien de la supériorité aérienne au-­dessus de la force.

Le combat de la basse couche et dans la basse couche s’appuiera sur une combinaison de dispositifs sol-air défensifs, mais aussi d’essaims de drones de combat « dans une logique de déni plus que de conquête(5) ». Fondée sur la puissance du nombre, l’utilisation d’essaims de MTO « de basse couche », dites « errantes », se tenant à l’affût pour venir percuter leurs cibles ou exploser à proximité pourrait « miner » l’espace aérien. À l’instar de la mine sous-­marine, la simple menace de collision pourrait suffire à interdire l’accès à l’espace aérien à des systèmes aériens de grande valeur. Le général Kobi Barak, ancien chef des forces terrestres de l’armée israélienne, envisage « un type de Dôme de fer spécifique à une mission qui pourrait fournir une protection tactique pour les zones de rassemblement, pour les forces qui se préparent à un assaut et pour les centres de commandement avancés(6) ». Un parapluie aérien continu pourrait également produire des effets cinétiques et non cinétiques depuis les airs, y compris un appui aérien rapproché persistant pour les forces terrestres.

Toutefois, cette bataille ne se livrera pas sans générer des frictions, compte tenu de la densité des I3D (7) qui y agissent ou qui y transitent. En particulier, la « basse couche » s’impose comme la portion d’espace aérien la plus difficile à contrôler afin d’en minimiser les risques (tirs fratricides et/ou collisions). Si les principes doctrinaux du contrôle d’un espace aérien « partagé » (Airspace Control) demeurent, l’exercice d’une Coordination des intervenants dans la troisième dimension (CI3D) toujours plus dynamique constitue un véritable défi à relever entre la composante aérienne en appui et les différents niveaux tactiques de la composante terrestre. Pour ce faire, les procédures de contrôle appliquées tant en planification qu’en conduite des opérations air-sol, sol-sol et sol-air s’appuieront sur des SIOC (Systèmes d’information opérationnels et de communication) pleinement inter-
opérables et des moyens de connaissance de la situation (Situational awareness) suffisants sur les activités s’y déroulant.

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