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Penser les opérations. Les opérations offensives de dissuasion

Il faut enfin ne pas oublier qu’une opération de dissuasion n’est normalement pas une opération de guerre, mais d’appui à un allié qui lui, fait effectivement la guerre. C’est cet allié qui va gagner ou perdre en plantant ou en conservant des drapeaux sur des territoires. Après l’expérience du Tchad, on croit avoir trouvé une formule imparable avec cette idée de bouclier défensif et dissuasif. Lorsque le président rwandais Habyarimana demande à son tour l’aide de la France contre le Front patriotique rwandais (FPR) en 1990, on lui envoie donc un petit bouclier mobile de la capitale Kigali jusqu’au nord du pays. Cela réussit effectivement jusqu’en 1993 à dissuader le FPR la plupart du temps et à le contenir lorsqu’il tente de passer outre. Au Tchad, une fois les factions tchadiennes réunies, celles-ci ont pu lancer une offensive victorieuse contre des Libyens bien plus faibles. Au Rwanda, le rapport de forces était en faveur du FPR malgré tous les efforts faits pour renforcer les forces armées rwandaises. Le bouclier français n’a servi qu’à retarder leur effondrement inéluctable accompagné d’un génocide. On ne peut demander à un bouclier dissuasif plus qu’il ne peut offrir. 

Notes 

(1) Isabella Ginor et Gideon Remez, The Soviet-Israeli War 1967-1973: The USSR’s Military Intervention in the Egyptian-Israeli Conflict, Oxford University Press, Oxford, 2017.

(2) Michel Goya, La guerre mondiale de la France : De 1961 à nos jours, Tallandier, Paris, 2023, chapitre 4 « Guerre indirecte en Afrique (1983-1993) ».

Légende de la photo en première page : Déplacement d’un SA-3 irakien. Durant la « guerre d’attrition », l’URSS a envoyé en Égypte de nombreuses batteries et les a parfois opérées en se désilhouettant. (© DoD)

Article paru dans la revue DSI n°177, « Réarmement : vers une nécessaire indépendance de l’Europe », Mars-Avril 2025.
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