La priorité est d’augmenter les dépenses de défense. Pendant des décennies, les pays occidentaux ont pu limiter leurs budgets militaires grâce à la domination des États-Unis et à la faiblesse relative de la Russie et de la Chine. Ce contexte a changé. La montée en puissance militaire de la Chine et le déclin économique et militaire des États-Unis signifient que ces derniers ne peuvent plus assumer seuls la protection de leurs alliés. Ni leur population ni leur économie ne sont prêtes à continuer à payer la facture. Chaque pays doit donc assumer sa part de responsabilité et faire des choix budgétaires difficiles pour renforcer sa défense.
Mais investir davantage ne suffit pas : il faut aussi dépenser plus intelligemment. Les systèmes d’acquisition et d’innovation sont inefficaces, en raison des lourdeurs bureaucratiques et des réglementations excessives. Or, dans un monde où les menaces sont bien réelles, l’efficacité militaire doit primer sur toute considération secondaire. La capacité opérationnelle des forces armées doit devenir la priorité absolue.
Ensuite, le Canada, mais également ses alliés, doivent réindustrialiser leur secteur de la défense en adoptant une approche collective. Cela implique de mutualiser les ressources et les compétences pour assurer une meilleure préparation commune. Chaque nation doit identifier ses atouts et accepter que, dans certains cas, d’autres alliés soient mieux placés pour remplir certains rôles. Une harmonisation des standards industriels est aussi nécessaire pour garantir une concurrence équitable et maximiser l’efficacité des investissements.
Enfin, le plus important est que l’Occident doit prendre conscience des menaces que représente la Chine : vol de propriété intellectuelle, influence exercée sur les décideurs, intimidation des responsables politiques et du public. En tolérant de telles pratiques, nous nous rendons vulnérables à une coercition accrue et perdons en crédibilité auprès de nos partenaires internationaux. Aucune nation ne veut d’un allié soumis à l’influence chinoise dans sa chaine d’approvisionnement en matière de défense.
Au-delà de la défense, il est nécessaire de considérer une offensive industrielle. Se contenter de réagir aux attaques économiques chinoises ne suffit pas. Si un pays reste uniquement sur la défensive, il finit par perdre. Il est temps de passer à l’offensive pour contrer la stratégie de Pékin, qui vise à affaiblir nos capacités industrielles et notre volonté de nous défendre. Les gouvernements occidentaux doivent agir rapidement et de manière résolue pour protéger leurs intérêts stratégiques.
Propos recueillis par Thomas Delage le 13 février 2025 lors du Honolulu Defense Forum 2025, mis à jour le 11 avril 2025.
Notes
(1) À ce sujet, lire Frédéric Boily, « Le Canada, la Chine et l’Inde : des relations sous tension », Diplomatie, no 119, mai-juin 2024.
(2) Raquel Garbers, « Welcome to the Post-America World », Centre for International Governance Innovation, 4 février 2025 (https://www.cigionline.org/articles/welcome-to-the-post-america-world/).
(3) Ministère de la Défense nationale canadien, « Notre Nord, fort et libre : Une vision renouvelée pour la défense du Canada », 30 mai 2024
(https://urlz.fr/uqSS).
Légende de la photo en première page : En mars 2025, le ministre canadien de la Défense, Bill Blair, annonçait la construction de nouvelles infrastructures militaires stratégiques dans le Nord du pays, dans le cadre de la politique de défense de l’Arctique qui prévoit un investissement de 73 milliards de dollars canadiens sur 20 ans, afin d’augmenter les capacités opérationnelles des Forces armées canadiennes dans l’Arctique, tout au long de l’année. À cette occasion, le ministre a déclaré : « Nous ne devrions dépendre de personne d’autre pour assurer notre défense, est c’est ce que nous allons faire. » (© Canadian Forces/Dan Bard)













