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L’Amérique centrale : routes et flux migratoires

En juin 2024, Claudia Sheinbaum, la première présidente du Mexique, est arrivée au pouvoir. Pendant les premiers mois de son gouvernement, elle n’a pas touché à la politique migratoire de López Obrador. Le scénario a changé en novembre 2024 lors de la réélection du président Trump. Pendant sa dernière campagne présidentielle, Trump a menacé de renvoyer chaque année un million de migrants sans papiers dans leur pays d’origine (en passant par le Mexique). Cette possibilité a immédiatement eu une conséquence majeure pour la présidente à peine élue : une dizaine de caravanes venues du Triangle nord se sont organisées à la frontière sud du Mexique afin d’arriver à la frontière sud des États-Unis avant que Trump ne prenne le pouvoir. Ceci a poussé son administration à reprendre la stratégie de « dissolution des caravanes ».

Le bouchon du Darien 

La crise du Covid, en 2019, a représenté une nouvelle menace qui a mis fin à la libre mobilité des personnes à travers le monde. Alors que les États-Unis mettaient en place le « Titre 42 », le Mexique a été un des seuls pays à laisser ses frontières ouvertes, ce qui a favorisé le flux des personnes cherchant à atteindre les États-Unis une fois la pandémie passée. Malgré les restrictions sanitaires dans les autres pays, à la fin du Covid-19, il y avait ainsi au Mexique 500 000 migrants provenant du Guatémala, du Salvador, du Honduras et de Haïti, ainsi que 60 000 provenant d’Afrique et d’Asie. Une fois la pandémie passée, deux nouvelles routes se sont ouvertes permettant l’arrivée au Mexique des migrants clandestins venus de loin : celle du bouchon de Darién et celle du Nicaragua. Depuis lors, la migration n’a fait que s’accroitre.

Le bouchon du Darien est le thermomètre de la migration de l’Amérique du Sud et des Caraïbes vers les États-Unis. Il s’agit de l’une des routes les plus dangereuses du monde pour la migration. Située entre la Colombie et le Panama, cette forêt tropicale humide montagneuse est contrôlée par l’organisation paramilitaire colombienne « Clan del Golfo », et les cartels du Pacifique. C’est le point de passage de nombreux migrants clandestins, notamment ceux venus du Vénézuéla, de Colombie et de Haïti. 

Les raisons qui poussent les habitants à quitter leurs pays d’origine sont variées. Pour le Vénézuéla, il s’agit de la précarisation des conditions de vie après l’arrivée du Parti Socialiste (PSU) et suite aux sanctions économiques des États-Unis. Tandis que pour la Colombie, le manque de travail et l’insécurité sont à l’origine de la vague migratoire actuelle. À son tour, le vide du pouvoir, les tremblements de terre et l’épidémie du choléra en 2010, l’ouragan Mathieu en 2016 et les crises humanitaires qui les ont suivis ont poussé une majorité de la population haïtienne à quitter le territoire. Selon le Service national de migration de Panama, en 2023, le nombre des migrants irréguliers traversant le Darien a atteint 520 085, un chiffre record dans la région. Pour éviter que les migrants ne restent sur leur territoire, le Panama et le Costa Rica ont signé un accord établissant des lignes d’autobus permettant la circulation des migrants entre le Pacifique sud et la frontière avec le Nicaragua.

À la frontière entre le Nicaragua et le Honduras

La deuxième route vers les États-Unis est le passage par le Nicaragua vers le Honduras. En 2018, Daniel Ortega est arrivé au pouvoir et a établi trois politiques migratoires. La première s’est adressée aux dissidents politiques de son régime qu’il cherche à expulser. La deuxième a visé à défier les États-Unis en permettant aux migrants cubains d’échapper à l’embargo américain en passant par le Nicaragua sans avoir besoin de visa. Il a même aménagé un pont aérien à cette fin. La troisième a établi un système pour encourager la migration clandestine des autres pays vers les États-Unis. Derrière cette mesure se trouve l’intérêt personnel d’Ortega qui remplit ses coffres personnels avec les frais de démarches migratoires pour les non-nicaraguayens, y compris les migrants clandestins provenant d’Afrique, d’Europe et d’Asie. Ainsi en 2024, 318 771 migrants ont traversé la frontière entre le Nicaragua et le Honduras par la voie terrestre. 

Contrairement aux cas précédents, la migration du Triangle nord vers le Mexique est une affaire de longue date. Dans les années 1980, il y a eu un véritable exode de dissidents des dictatures qui se sont réfugiés au Mexique. La migration clandestine s’est développée à partir de la deuxième moitié des années 1990. La crise économique malgré le CAFTA, le manque de démocratie et la présence du groupe criminel de la Mara Salvatrucha sont devenus les causes principales de cette migration, cette fois-ci vers les États-Unis. En 2023, 410 000 migrants clandestins provenant de cette région ont été arrêtés à la frontière sud du Mexique. Après l’ouverture de nouvelles routes, le Triangle nord est aussi devenu une région de transit.

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