La Pologne se vante de consacrer 4,7 % de son PIB à la défense en 2024, avec l’intention d’atteindre 5 % cette année, ce qui représente l’effort le plus important parmi les membres de l’OTAN. Outre l’augmentation des capacités militaires, la logique sous-jacente est un double message adressé aux États-Unis : le respect assidu des engagements au sein de l’alliance et le renforcement des liens bilatéraux dans le domaine de la sécurité et de la défense (principalement par le biais d’achats de matériels américains).
Cela démontre non seulement une certaine acceptation par la Pologne de la politique étrangère transactionnelle de Trump (en tant que « client »), mais surtout une infaillible perception des États-Unis comme un fournisseur central de sécurité pour l’Europe, malgré les turbulences politiques actuelles. De ce point de vue, les solutions européennes possibles pourraient s’avérer un complément utile ou une solution de secours, mais elles ne sauraient remplacer (ni même égaler) le statu quo américano – centré.
Positionnements politiques intérieurs
L’évolution des relations transatlantiques sous la présidence Trump a été au cœur de la campagne présidentielle polonaise, ce qui a eu de lourdes conséquences. Les questions de sécurité et de défense ont fait la une des journaux (voire des affiches électorales). La logique visant à maximiser les gains électoraux a infiltré l’élaboration des politiques. Cependant, trois visions principales de la politique de sécurité polonaise peuvent être identifiées parmi les principaux acteurs politiques. Les partis nationaux – conservateurs (Droit et Justice, Confédération) et leurs candidats désignés à la présidence (Karol Nawrocki, Slawomir Mentzen), ainsi que le président Andrzej Duda, représentent une position résolument proaméricaine, qui est toutefois due davantage à leur soutien fervent au programme de Donald Trump (les liens personnels avec son administration en sont une des raisons) qu’à un réel sentiment d’appartenance transatlantique. De nombreuses critiques de la part de politiciens de droite polonais à l’encontre du gouvernement, de l’UE ou de l’Ukraine (notamment la direction de Volodymyr Zelensky) visaient leurs positions en opposition aux priorités américaines. D’autre part, les partis de gauche (La Gauche, Ensemble) et leurs candidats à la présidence (Magdalena Biejat, Adrian Zandberg) remettent en question les garanties de sécurité américaines sous Trump et prônent la construction de capacités militaires européennes autonomes (y compris l’armée européenne).
Les partis de la coalition (à l’exception de La Gauche) ont adopté une approche intermédiaire. Il s’agit du discours de leurs candidats à la présidence – Rafal Trzaskowski, maire de Varsovie issu de la Coalition civique, et Szymon Holownia, maréchal de la Diète, représentant Pologne 2050 et le Parti populaire polonais –, mais aussi de la politique étrangère et de sécurité menée par le gouvernement polonais. Cette approche intermédiaire repose sur un équilibre dans les relations transatlantiques (renforcement de la co-
opération européenne, tout en maintenant autant que possible des relations étroites avec les États-Unis, au sein de l’OTAN et au niveau bilatéral) et sur des initiatives politiques, économiques et militaires multisectorielles visant à renforcer la sécurité nationale polonaise sous divers formats (bilatéraux, minilatéraux, multilatéraux) avec différents partenaires.














