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Trump II, Pologne et sécurité européenne : Varsovie souhaite plus d’œufs dans plus de paniers

UE et OTAN

Le 23 avril 2025, le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, a présenté au Parlement son rapport annuel sur les tâches de politique étrangère pour 2025. Il y a analysé l’environnement sécuritaire polonais et détaillé les priorités politiques qui y sont liées (1). La guerre russe contre l’Ukraine et ses implications ont été considérées comme la principale menace pour la sécurité nationale polonaise. Il est donc nécessaire d’apporter un soutien politique, militaire et financier continu à Kiev sous diverses formes, ainsi que de tenir la Russie responsable de cette agression brutale, tant pendant la guerre (par le biais de sanctions) qu’après un éventuel cessez – le-feu (par le biais de la condamnation des crimes internationaux et de l’indemnisation de l’Ukraine). Radoslaw Sikorski a identifié quatre objectifs principaux pour la politique étrangère polonaise :

• renforcer les capacités de défense des États européens et de l’UE en tant qu’organisation en lui permettant d’assumer davantage de responsabilités pour sa propre sécurité et celle des pays voisins (non seulement en termes militaires, mais aussi dans des dimensions telles que l’énergie, l’alimentation, l’information et la sécurité d’approvisionnement pour l’industrie) ;

• maintenir l’unité et la coopération transatlantiques, y compris des relations étroites avec les États-Unis (également en proposant à Washington des avantages en contrepartie du maintien de sa forte présence en Pologne et dans toute l’Europe) ;

• protéger l’ordre mondial basé sur la Charte des Nations unies ;

• maintenir un dialogue constructif avec les États du Sud global, dans le respect de leur subjectivité et de leurs intérêts divers.

Sans surprise, il a mis l’accent sur les deux premiers objectifs.

La présidence polonaise actuelle du Conseil de l’UE a certainement été l’un des principaux moteurs de cette évolution, avec sa devise : « Sécurité, Europe ! ». Radoslaw Sikorski a en effet présenté la vision d’un renforcement de la contribution de l’UE à la sécurité dans son discours. Il a indiqué que l’Europe serait soit unie, forte et capable de faire face aux menaces pour sa sécurité, soit marginalisée, tout en défendant clairement cette vision. L’initiative de la Commission européenne d’investir jusqu’à 800 milliards d’euros dans la défense, y compris le programme « Action de sécurité pour l’Europe » (150 milliards d’euros sous forme de prêts à faible taux d’intérêt), a été saluée. Ces fonds sont censés contribuer à améliorer les capacités industrielles de défense et les infrastructures militaires (en particulier le programme « Bouclier oriental » visant à renforcer les frontières polonaises avec la Biélorussie et la Russie). Il convient de noter que cette question a été évoquée à plusieurs reprises par Rafal Trzaskowski lors de ses meetings de campagne, la considérant comme une opportunité majeure pour l’économie polonaise et la sécurité nationale. Radoslaw Sikorski a aussi suggéré que l’UE développe sa résilience face aux menaces non militaires par des actions telles que la numérisation des institutions et des processus critiques, la lutte contre les menaces cybernétiques, terroristes et hybrides, l’approfondissement de la co-
opération en matière de gestion de crise, ainsi que le développement de la boîte à outils de l’UE pour la communication stratégique et contre la désinformation ; également en ce qui concerne son voisinage oriental.

Le plaidoyer de la Pologne en faveur d’un renforcement de la coopération UE-OTAN et d’une complémentarité des contributions des deux organisations en matière de sécurité a également été souligné. Varsovie considère que le développement de la politique de défense de l’UE ne doit pas être en concurrence, mais en conformité, avec l’OTAN, contribuant ainsi à accroître la contribution européenne à la défense collective. Dans ce contexte, Radoslaw Sikorski a affirmé que les intérêts de l’UE et des États-Unis n’étaient pas identiques, mais certainement convergents. Il a ajouté que la réponse de l’Europe aux droits de douane imposés par les États-Unis à l’UE devait être « intelligente et sans ambiguïté », ce qui implique proportionnalité et volonté de négocier et de lever les obstacles. Bien que la vision d’un super-État fédéral européen ait été rejetée, il a réaffirmé l’intention polonaise de doter l’UE d’une politique et de capacités de défense bien développées, d’un marché unique européen pleinement intégré, d’une véritable union de l’énergie et d’un système plus efficace de gestion des frontières extérieures. La vision polonaise de l’UE repose sur trois hypothèses : 

• une union géopolitique (en tant qu’acteur stratégique capable d’utiliser son potentiel économique pour mener une politique étrangère efficace et mobiliser les ressources nécessaires pour renforcer son potentiel de défense) ; 

• une union de valeurs (respectant et protégeant les droits de l’homme, la démocratie et l’État de droit) ; 

• une union pour la croissance et la compétitivité (afin d’assurer un développement économique continu et la compétitivité mondiale de l’UE, d’alléger la charge administrative des entrepreneurs et de soutenir l’innovation).

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