Si le temps des colonies est terminé, l’Afrique subsaharienne reste une terre de convoitises pour les richesses de son sous-sol. Les grandes puissances mondiales y voient une source inépuisable de matériaux nécessaires à l’économie numérique et mondialisée du XXIe siècle, aux dépens des populations locales et au mépris de l’environnement. Au cœur de cet engrenage, la République démocratique du Congo (RDC) peine à sortir de la guerre.
En cette époque appelée à rompre avec les énergies fossiles dans le cadre des transitions numérique et bas carbone, les minerais occupent une place majeure. Les besoins sont en hausse, attisant les convoitises des grandes puissances et faisant entrer le monde dans une « ère métallique ». Les défis sont nombreux, notamment en ce qui concerne l’exploitation des ressources et leurs effets sur l’environnement. Les regards se tournent vers l’Afrique, dont les sous-sols renfermeraient 90 % des réserves de platine, 48 % de celles de manganèse et de cobalt, 22 % de celles de graphite… Le continent regorge également de métaux critiques, comme le coltan et le cuivre, entre autres éléments indispensables aux nouvelles technologies (smartphones, voitures électriques, etc.).
Sur la route du cuivre
Les géologues parlent de la « ceinture de cuivre » pour décrire la concentration de ce métal rougeâtre au sud de la RDC, ce géant de 2,34 millions de kilomètres carrés (plus de quatre fois la France métropolitaine) assurant 12 % de la production mondiale en 2023. Le cuivre verra sa demande augmenter de 40 % dans les quinze prochaines années, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), passant de 25,91 millions de tonnes en 2023 à 36,16 millions en 2040. Le même phénomène est observé pour les autres minerais stratégiques. Pour le cuivre, présent naturellement dans la croûte terrestre, l’abondance actuelle permet de répondre à cette hausse des besoins, avec des réserves connues estimées à 870 millions de tonnes et des ressources totales à… 5 milliards.
Mais peut-on seulement les extraire ? C’est la grande question, sachant que les investissements destinés à l’exploration et à l’exploitation de mines font défaut en Afrique. La Chine, qui absorbe 40 % du cuivre raffiné de la planète, non seulement vassalise les États africains où elle intervient par l’endettement, mais pratique aussi des politiques protectionnistes pour assurer sa consommation nationale. Plusieurs défis entrent en ligne de compte. D’abord, l’insécurité et l’instabilité politique chroniques dans de nombreux pays du continent inquiètent les investisseurs, confrontés à une corruption endémique et à un cadre légal flou. Ensuite, le manque d’infrastructures ferroviaires et routières fiables ne rassure pas les transporteurs. Enfin, exploiter des mines de cuivre implique une forte consommation industrielle d’hydrocarbures et d’eau, et donc des dégâts sur l’environnement liés au rejet de métaux lourds et à l’acidification des sols.
Pour que les minerais ne deviennent pas une malédiction mais une véritable perspective de développement pour les sociétés africaines, des engagements financiers et politiques doivent être pris, comme le renforcement des codes miniers ou la création de sites industriels locaux afin que les métaux soient vendus après raffinage sur place et non plus exportés à l’état brut. En effet, le prix final peut être multiplié par trois, représentant ainsi une source de revenus importante pour l’État. Alors que l’Union européenne (UE) a adopté, en mars 2023, un règlement sur les métaux critiques pour protéger les acteurs du secteur, la Chine et les États-Unis sont entrés en compétition pour en acquérir le plus possible, en accord avec la doctrine économique de la présidence Trump (depuis janvier 2025), faisant de l’échiquier mondial un jeu de Monopoly.
Le Kivu, au cœur des convoitises
Comme pour le Groenland, le canal de Panama ou les terres d’Ukraine, réclamés au nom de la « sécurité nationale » américaine, la Maison Blanche s’intéresse à la RDC. En mars 2025, Washington a annoncé l’ouverture de discussions avec Kinshasa pour obtenir un accès aux minerais critiques en échange de sécurité. Les États-Unis sont particulièrement intéressés par le cobalt, le coltan et le lithium. Or, ces minerais se trouvent dans une région échappant presque totalement au contrôle des autorités centrales congolaises. Situé à la frontière avec le Rwanda, le Kivu – divisé administrativement entre le Nord-Kivu et le Sud-Kivu – est à la fois un terrain de guerre et une zone d’exploitation minière.














