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Le « grand jeu » des minerais en Afrique

Issu de la minorité tutsie et appuyé par le régime de Paul Kagame (depuis 2000), le Mouvement du 23 mars (M23) est entré en rébellion contre Kinshasa en 2012. C’est en 2021, et surtout en janvier 2024, que les combats se sont intensifiés : les forces du M23 ont avancé rapidement, contrôlant la quasi-totalité du Kivu, jusqu’à la prise de Goma en janvier 2025. Pour se financer, les rebelles sont conscients de la richesse présente sous leurs pieds et accaparent des mines, comme celle de Rubaya en avril 2024. D’après l’ONU, ce sont des soldats rwandais qui gèrent ce site riche en coltan ; la mine représenterait à elle seule environ 20 % de la production mondiale. Tout ce qui en sort va directement au Rwanda, aux dépens des populations congolaises locales. Selon les statistiques officielles, ce petit pays africain est passé devant la RDC en exportations de coltan en 2023, avec 2 070 tonnes, contre 1 918 pour sa grande voisine, occupant même le premier rang mondial.

Le cas de Rubaya est un exemple parmi d’autres et rappelle le scandale des « diamants de sang » dans les années 1990. En réaction, certains pays, comme l’Allemagne, le Canada et le Royaume-Uni, ont suspendu leurs aides financières à Kigali afin de faire pression et d’engager des négociations. De même, la compagnie américaine Apple a annoncé fin 2024 avoir demandé à ses fournisseurs de ne plus acheter de minerais en provenance de la RDC et du Rwanda, après le dépôt de plaintes en France et en Belgique contre ses filiales pour « recel de crimes de guerre ». Une médiation avec le M23 a été engagée en avril 2025 au Qatar.

Une ruée mondiale… pour rien ?

La loi du commerce est la plus forte. En attendant que la RDC se pacifie – une utopie eu égard aux années de chaos qu’a connues l’un des pays les plus pauvres de la planète –, les grandes puissances mondiales et régionales n’entendent pas renoncer aux richesses de l’Afrique. Du Brésil aux monarchies arabes du Golfe, engagées dans une transition postpétrolière, nombreux sont les États qui investissent dans les mines africaines. Les négociations entre Kinshasa et Washington sur la prise de contrôle de pans entiers du secteur minier reflètent la nécessité, pour le gouvernement du président Félix Tshisekedi (depuis 2019), de trouver un allié politique et sécuritaire pour réaffirmer son autorité dans l’est du pays. Cela permet aux Américains, en échange, de se repositionner sur un marché d’exploitation dominé par la Chine. Pékin avait signé de nombreux accords avec le prédécesseur de Félix Tshisekedi, Joseph Kabila, au pouvoir entre 2001 et 2019, période durant laquelle il avait investi personnellement dans les mines, faisant de lui un acteur incontournable. Exilé en Afrique du Sud, il a annoncé être prêt à rentrer dans son pays précisément au moment où la médiation a commencé au Qatar.

Si nous évoquons ici le sort de la RDC, les problématiques liées aux enjeux des métaux critiques se retrouvent ailleurs. Quels seront les effets pour les économies et les sociétés locales ? Les cas du Nigeria et de l’Angola, riches en pétrole, ne sont pas sans rappeler une certaine « malédiction » des richesses. En 2023, leur PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat ne dépasse pas 8 000 dollars, tandis que les fortes inégalités maintiennent ces deux États en bas du classement mondial de l’indice de développement humain (IDH) de l’ONU. 

1-Quelques métaux rares dans le monde
2-Les richesses du sol de l’Afrique
3-Le Kivu, au cœur des convoitises
Article paru dans la revue Carto n°89, « Géopolitique des femmes », Mai-Juin 2025.

À propos de l'auteur

Guillaume Fourmont

Guillaume Fourmont est le rédacteur en chef des revues Carto et Moyen-Orient. Il a précédemment travaillé pour les quotidiens espagnols El País et Público. Diplômé de l’Institut français de géopolitique (université de Paris VIII Vincennes Saint-Denis), il est l’auteur de Géopolitique de l’Arabie saoudite : La guerre intérieure (Ellipses, 2005) et Madrid : Régénérations (Autrement, 2009). Il enseigne à l’Institut d’études politiques de Grenoble sur les monarchies du golfe Persique.

À propos de l'auteur

Laura Margueritte

Cartographe pour les magazines Carto et Moyen-Orient.

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