Les sociétés anglo-saxonnes, ainsi que les ESSD françaises, continuent de dominer en termes de qualité de service. Cependant, leurs couts sont beaucoup plus élevés que d’autres entreprises, notamment chinoises.
Il existe aussi une forme de « répartition géopolitique » du marché : les sociétés russes, à l’image de Wagner, opèrent principalement dans les zones où Moscou cherche à accroitre son influence, notamment en Afrique centrale, au Sahel, en Syrie ou en Libye. Elles combinent missions militaires, sécurité rapprochée et contrôle de ressources stratégiques.
De manière générale, le plus grand marché pour les SMP reste l’Afrique, le Moyen-Orient et la région pakistano-afghane.
Quelles sont les évolutions récentes du secteur des SMP et comment s’inscrivent-elles dans la reconfiguration géopolitique mondiale actuelle, face aux nouveaux rapports de force ?
Ce qu’on observe aujourd’hui, c’est la création d’oligopoles dans le secteur des SMP. Le marché, très mouvant à l’origine, tend désormais vers une plus grande pérennité, avec de grands groupes émergents qui absorbent des structures plus petites aux champs d’activité variés. En France, par exemple, dans le secteur des ESSD, le groupe ADIT possède désormais des acteurs comme DCI ou GEOS. De manière générale, la privatisation des fonctions régaliennes dans le domaine de la sécurité et de la défense continue de s’accélérer, ce qui s’inscrit dans une dynamique plus large de transformation géopolitique. L’exemple de Wagner est à ce titre révélateur : cette SMP russe a remis en lumière le rôle stratégique que ces structures peuvent jouer sur la scène internationale. L’offre et la demande explosent, et, surtout, on assiste à une forme de normalisation de leur existence.
Cette banalisation est d’ailleurs visible dans l’imaginaire collectif. Jusque dans les années 2010, les SMP étaient très souvent présentées comme les « méchants » dans la fiction. Après 2010, leur image s’est peu à peu « normalisée ». Un exemple récent illustre bien cette évolution : The Mozart Group, une SMP américaine qui opérait en Ukraine en se présentant comme une ONG. En réalité, il s’agissait d’une structure commerciale montée par des Américains, avec un mode de communication très assumé : la levée de fonds par crowdfunding et une image moderne sur les réseaux sociaux — le tout sans chercher à masquer leurs activités.
Quid de la France dans ce secteur ? Quels pourraient être ses intérêts à le développer davantage ?
En France, on préfère l’appellation d’ESSD. Sur le plan officiel, seule une société s’est revendiquée comme SMP : Secopex, dont le fondateur a été assassiné en Libye pendant la guerre civile en mai 2011.
Pour autant, la France compte plusieurs entreprises qui opèrent dans ce secteur, dans le strict respect du cadre légal, et qui rendent des services reconnus et nécessaires, notamment auprès des institutions. Sur le plan réglementaire, la France est souvent présentée comme l’un des meilleurs élèves. Dès 2003, l’adoption d’une loi contre le mercenariat a permis d’encadrer très tôt les activités privées dans le domaine de la défense et de limiter les dérives.
Mais cette rigueur a eu un contrecoup. Si, d’un point de vue éthique, on peut s’en féliciter, elle a aussi brimé les capacités d’exportation des sociétés françaises sur un marché international plus souple et concurrentiel. De ce fait, plusieurs entrepreneurs français ont choisi de créer leurs sociétés à l’étranger, notamment au Royaume-Uni ou aux États-Unis, afin de contourner le droit français et de bénéficier d’un environnement juridique plus favorable. C’est le cas, par exemple, d’Alexandre Benalla, dont la société est enregistrée au Royaume-Uni. Ce choix n’est pas anodin, car il permet de fonctionner en dehors du cadre juridique français, tout en opérant dans un secteur en pleine expansion.













