Le 7 octobre 2023 a marqué un tournant brutal dans la situation au Proche-Orient. Face à l’attaque sanglante du Hamas, Israël a répondu par une longue guerre d’une intensité rare à Gaza. Villes dévastées, populations déplacées, bilan humain effroyable, image d’Israël dégradée : l’ampleur de la riposte au regard du résultat obtenu sur l’ennemi suscite des interrogations. Peut-être aurait-il été possible de faire différemment.
Après l’effroyable pogrom du 7 octobre 2023, il était difficile pour le gouvernement israélien d’annoncer un autre objectif que la destruction de l’organisation responsable. Ce réflexe n’était pas inédit : après l’attentat des Jeux de Munich en 1972, l’État israélien avait déjà opté pour une politique de traque et d’élimination totale de l’organisation Septembre noir. Mais le Hamas n’est pas la petite organisation Septembre noir, c’est une hydre dont les têtes coupées peuvent être remplacées, surtout depuis sa territorialisation à Gaza en 2007.
Détruire une hydre
Jusqu’au 7 octobre 2023, la stratégie israélienne contre cet État-Hamas, sans oublier ses alliés locaux comme le Jihad islamique, reposait sur la combinaison de trois modes d’action complémentaires. Le premier était défensif : barrières, organisation civile de protection et système anti – roquettes limitant l’impact direct des attaques.
Le deuxième, offensif mais à distance, consistait en des frappes aériennes et des éliminations ciblées. L’atout principal de cette méthode était l’absence de risque direct pour les forces israéliennes ; son défaut était inhérent aux guerres urbaines : l’adversaire se protège dans la densité urbaine et les frappes, même « de précision », finissent par toucher fortement la population. De 2007 à 2023, ces frappes ont permis d’éliminer de nombreux cadres et environ un millier de combattants du Hamas et du Jihad islamique, mais au prix estimé de 2 500 à 2 800 morts civils – un ratio de dommages collatéraux qui paraît difficilement compressible.
Le troisième mode était le raid terrestre de brigades de combat visant à nettoyer une zone de toute présence et infrastructure ennemies. Ces opérations sont efficaces, mais, menées par des troupes de conscrits d’une moyenne d’âge de 21 ans et avec un usage extensif de la puissance de feu, elles génèrent aussi beaucoup de tirs fratricides et de dommages collatéraux. Entre 2008 et 2014, ces raids ont causé 81 pertes israéliennes (dont 67 en 2014) et ont probablement entraîné la mort d’environ un millier de civils palestiniens, tout en neutralisant peut-être 800 combattants ennemis (1). Dans tous les cas, ces modes d’action ne permettaient que de donner des coups et d’obtenir des paix provisoires face à une organisation-hydre capable de se régénérer.
À la poursuite du 100 %
Après l’attaque du 7 octobre 2023 et la capture de 251 otages par le Hamas et ses alliés, trois stratégies se présentaient : le siège, l’étouffement ou les coups. Le siège visait à éliminer les membres connus du Hamas sans pénétrer dans Gaza, en privilégiant la négociation pour les otages. Cette option, jugée insuffisamment destructrice, a été écartée. L’étouffement de l’hydre aurait supposé la prise rapide de Gaza puis son administration, la traque systématique des combattants ennemis et la recherche des otages par quadrillage. L’absence de volonté de gérer le territoire ou de le confier à une autorité palestinienne a rendu cette solution impossible. Il ne restait donc que les coups, comme ceux donnés jusque-là dans les « tontes de gazon », mais cette fois sans limite de temps. Le territoire fut donc martelé sans arrêt par des raids aériens et assailli par des raids terrestres de nettoyage, en espérant ainsi finir par détruire complètement le Hamas et obtenir la libération des otages par le combat ou, plus indirectement, par une pression intenable sur le Hamas.
Le 31 juillet 2024, Benyamin Netanyahou pouvait annoncer avoir éliminé les principaux cadres du Hamas à l’extérieur et tous les concepteurs de l’attaque du 7 octobre à Gaza, à l’exception temporaire de Yahya Sinwar, tué le 16 octobre. Netanyahou revendiquait également la mort de 14 000 combattants palestiniens depuis le 7 octobre, ce qui, avec les blessés graves et les prisonniers, signifiait une quasi – destruction du potentiel initial du Hamas et de ses alliés. L’organisation ne pouvait plus non plus envoyer de roquettes sur Israël. Par ailleurs, 132 otages vivants et certains corps avaient été récupérés ; il est vrai beaucoup plus par l’échange contre des centaines de prisonniers palestiniens que par la pression du combat.














