Reste l’assaut de précision. Pour cela, il faut des unités d’assaut d’élite, de type GIGN, ce qui est possible, mais en grand nombre, ce qui est beaucoup plus difficile à obtenir. Conquérir un bastion comme Gaza exige environ 60 bataillons de très haut niveau tactique. Très peu d’armées sont capables de mobiliser une telle masse à un tel niveau de qualité. Les Américains y sont parvenus en Irak, mais après plusieurs années d’errance. En 2007, au moment dit du « surge » (renforcement), les Américains disposaient effectivement de forces spéciales d’une grande efficacité et de 20 brigades de manœuvre désormais bien adaptées au contexte, dont neuf engagées dans Bagdad et sa périphérie face à l’État islamique en Irak. Leur association à quelques bonnes unités irakiennes, comme l’unité antiterroriste baptisée « division dorée », à des forces régulières irakiennes en accompagnement et à des supplétifs locaux payés par les Américains a permis d’adopter une stratégie enfin efficace d’occupation permanente du terrain urbain et d’étouffement de l’ennemi.
En étant capable de déployer 20 brigades d’active ou de réserve en même temps sur le territoire de Gaza en décembre 2023, l’armée israélienne a montré qu’elle disposait finalement de la masse nécessaire malgré les coupes réalisées dans les forces terrestres. Mais, en dehors des excellentes unités des forces spéciales ou de la 89e brigade commando, les bataillons ne sont pas au niveau nécessaire pour mener un combat de « type GIGN ». Une solution aurait été de recourir à une structure mixte, associant officiers et sous – officiers professionnels à des conscrits bien formés et à des réservistes. Cela aurait nécessité un investissement humain et financier considérable, long de plusieurs années et impliquant des arbitrages ailleurs.Cela aurait aussi obligé à changer de vision et à accepter une prise de risque plus élevée pour ses soldats en espérant un résultat rapide qui réduirait au bout du compte les pertes.
Pour revenir à l’exemple irakien, l’immersion des soldats américains dans les rues s’est soldée par la mort de 321 d’entre eux entre avril et juin 2007, mais ce quadrillage permanent a conduit à une victoire étonnamment rapide ensuite, avec des pertes beaucoup plus faibles. Les Israéliens, eux, n’ont pas osé abandonner les colonnes blindées environnées de tirs au profit d’une présence permanente dans de petits postes de quadrillage.
En résumé, il aurait sans doute été effectivement possible de mener l’élimination ciblée des membres du Hamas et de conquérir Gaza de manière moins violente, à condition de préparer une occupation rapide et de disposer de l’instrument militaire adapté. Israël aurait pu le faire s’il y avait eu une réelle volonté politique de remettre en place une autorité palestinienne et si la stratégie de contrôle à distance n’avait pas semblé parfaite. Israël et, plus encore, la population palestinienne paient ce manque de courage et d’anticipation.
Notes
(1) Michel Goya, L’embrasement, Robert Laffont/Perrin, Paris, 2003, chapitres 3 à 7.
(2) Office for the Coordination of Humanitarian Affairs (OCHA), « Humanitarian Situation Update #327 | Gaza Strip », 2 octobre 2025 » ; UNICEF, « Humanitarian Situation Report No. 42 », 16 septembre 2025.
Légende de la photo en première page : Forces israéliennes à la frontière sud avec Gaza, en juillet 2025. (© Gil Cohen Magen/Xinhua)













