Les capacités aériennes de la People liberation army air force (PLAAF) et de la People liberation army naval air force (PLANAF) se sont considérablement développées, tant sur l’aspect offensif (avions de combat de 4e et de 5e génération, bombardement à long rayon d’action) que sur celui du soutien (capacités de ravitaillement en vol, SIGINT, C2ISR et patrouille maritime). L’ensemble de ces capacités sont mobilisées par la Chine de manière ostensible et permanente à des fins de « signalement stratégique » (1) vis-à-vis de Taïwan et du Japon, notamment pour concrétiser son récit de seule puissance militaire d’importance à l’intérieur de la première chaîne d’îles (2) en Asie-Pacifique.
La Chine a également besoin d’accroître la connaissance opérationnelle de ces zones complexes où s’enchevêtrent concentration élevée de capacités militaires rivales, instabilité météorologique et proximité de flux commerciaux et de pôles industriels majeurs. La mise en œuvre progressive de moyens aériens à proximité de Taïwan et du Japon traduit le durcissement des positions de Pékin ainsi que la modernisation en voie d’achèvement de ses forces aériennes. Les premières patrouilles chinoises au dessus de la première chaîne d’îles sont attestées en mars 2015.
Durcissement des positions de Pékin
Elles constituent les premières conséquences tangibles de l’un des trois pans majeurs de la politique extérieure poursuivie par Xi Jinping, selon le professeur Prashant Kumar Singh (3) : la République populaire de Chine est souveraine sur les mers de Chine méridionale et orientale, et doit mener à bien la « réunification » de Taïwan au continent. En conséquence, la PLAAF et la PLANAF ne sont pas tenues de jure à reconnaître l’existence d’un espace aérien et d’une zone environnante d’identification de défense aérienne (ADIZ) (4), de facto souverains, concernant Taïwan et les territoires ultramarins contrôlés par le Japon que la Chine considère comme faisant partie de son domaine maritime, en particulier les îles Senkaku/Diaoyu.
Le vecteur aérien est donc premièrement un moyen d’influence et de pression mobilisé par la Chine à l’égard des autorités et de l’opinion publique de Taïwan et du Japon, les avions étant déclarés comme officiellement « aptes au combat » lors de ces manœuvres. Ainsi, les intrusions chinoises font l’objet d’une couverture médiatique constante, et le ministère taïwanais de la Défense établit depuis septembre 2020 un bulletin recensant chaque occurrence d’incursion aérienne chinoise et, jusqu’en janvier 2024, le type d’aéronef utilisé.
Depuis septembre 2020 jusqu’en avril 2025, 9 159 appareils chinois ont été recensés dans l’ADIZ taïwanaise. L’année 2024 se distingue fortement avec 3 075 appareils détectés, quasi le double de 2023 (1 703) (5). À l’opposé de cette nette augmentation, les incursions chinoises dans l’ADIZ japonaise suivent une courbe moins inquiétante en apparence : 464 décollages d’urgence pour des missions de police du ciel à l’égard d’avions chinois ont été déclenchés pour l’année fiscale 2024 (6), soit un peu moins qu’en 2023 (479 décollages) et une baisse plus nette par rapport à 2022 (575) et à 2021 (722) (7). Toutefois, ces données ne répertorient pas le nombre total d’avions chinois interceptés, un décollage d’avions japonais pouvant être mené pour intercepter plusieurs avions chinois. Aussi, la baisse du nombre de décollages d’avions japonais pour interception d’appareils chinois ne signifie pas mécaniquement une baisse du nombre d’appareils chinois détectés. De même, l’augmentation de mouvements aériens constatée dans l’ADIZ taïwanaise ne signifie pas mécaniquement une baisse des mouvements aériens dans l’ADIZ japonaise.
Au contraire, l’ensemble des données japonaises et taïwanaises démontre une capacité chinoise à opérer simultanément des mouvements aériens fréquents dans les ADIZ japonaise et taïwanaise. Cette capacité se manifeste particulièrement lorsque les décisions des autorités taïwanaises et japonaises suscitent le mécontentement des autorités chinoises. Cette augmentation du nombre de mouvements aériens, couplée à la conduite de manœuvres de plus en plus intrusives, fut ainsi constatée lors de la visite de la présidente de la Chambre des représentants américaine Nancy Pelosi à Taipei les 2 et 3 août 2022. Alors que le nombre moyen mensuel d’appareils chinois détectés dans l’ADIZ taïwanaise est de 161,04 appareils sur la période 2020-2025, le nombre d’appareils détectés en août 2022 est de 446 (8) ; et 302 d’entre eux ont franchi la ligne médiane, limite ouest de l’ADIZ taïwanaise traversant le détroit de Taïwan du nord au sud à équidistance des deux rives, située à proximité immédiate de l’espace aérien taïwanais.














