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Économie de défense. OTAN : Partage du fardeau et niveau approprié d’efforts de défense

Une alliance militaire repose sur les efforts de défense de chacun de ses pays membres. Depuis les années 1950, les États-Unis se plaignent de supporter l’essentiel du fardeau en raison de trop faibles budgets en Europe et au Canada. Les nouveaux objectifs communs fixés au sommet de La Haye sous la pression américaine vont-ils changer la donne ? Les pays de l’OTAN doivent-ils dépenser 2 %, 5 % ou 3,5 % ? L’obsession de la part du PIB consacrée à la défense est-elle le bon indicateur pour évaluer l’implication des pays dans l’Alliance atlantique ?

Les pays européens réalisent déjà 18 % des dépenses militaires mondiales selon le SIPRI, loin derrière les États-Unis (36 %), mais bien devant la Chine (12 %) et la Russie (6 %). Un effort en forte croissance : en 2024, selon l’Agence européenne de défense, les pays de l’Union européenne ont dépensé 343 milliards d’euros pour la défense, une augmentation record de 19 % par rapport à 2023. Cette augmentation est en grande partie portée par les dépenses d’équipement, qui ont représenté 88 milliards, soit un bond de 39 % en un an. L’Agence prévoit que les efforts militaires devraient atteindre 381 milliards en 2025, ou 2,1 % du PIB, un niveau jamais atteint depuis sa création en 2004.

La tendance à la hausse devrait se poursuivre dans les prochaines années. Ces nouveaux efforts seront-ils suffisants pour répondre aux demandes appuyées du président Trump ? « Atteindre la nouvelle cible de l’OTAN de 3,5 % du PIB nécessitera encore plus d’effort, vers une dépense totale de plus de 630 milliards par an » selon André Denk, directeur de l’Agence. Le Parlement européen a estimé en mai 2025 que les pays de l’Union européenne devraient consacrer 430 milliards d’euros à leur défense à l’horizon 2027, ce qui est loin du compte en dépit d’une indéniable dynamique de croissance engagée depuis 2014 et, plus encore, à partir de 2022.

La question de savoir comment parvenir à un partage équitable du fardeau entre les alliés fait l’objet d’un débat récurrent depuis des décennies, mais ce débat a pris une tournure dramatique lors du sommet de l’OTAN à La Haye en juin 2025. Donald Trump a exigé une augmentation massive des dépenses militaires des autres alliés pour atteindre au moins 5 % du PIB, condition sine qua non au maintien de la participation américaine.

La déclaration finale du sommet fixe un nouvel objectif ambitieux de dépenses liées à la défense : 5 % du PIB d’ici à 2035, dont 3,5 % pour le cœur des dépenses militaires. Il s’agit d’une véritable transformation des efforts de défense qui devrait en découler, sachant que les dépenses des alliés en dehors des États-Unis viennent tout juste d’atteindre 2 % du PIB, dix ans après leur engagement à atteindre un tel niveau d’efforts.

Même si les États-Unis ont raison de se plaindre des efforts de défense trop limités des Européens et des Canadiens, une approche axée sur les contributions militaires répond-elle réellement aux exigences d’une alliance militaire efficace ? Est-il réaliste d’espérer une relation linéaire entre le niveau des dépenses militaires de chaque allié et la sécurité internationale assurée par l’Alliance ? La plupart des analyses se concentrent les dépenses exprimées en part du PIB, comme si l’intensité des efforts était le seul moyen d’évaluer l’efficacité d’une alliance militaire.

Cette focalisation ne permet pas, à elle seule, d’évaluer le niveau de préparation opérationnelle. C’est pourquoi, dès le sommet de Newport en 2014, l’OTAN a ajouté un second indicateur : consacrer au moins 20 % des efforts militaires aux matériels. Toutefois, le véritable indicateur d’efficacité militaire devrait être la déployabilité des forces face à une menace définie. En effet, cela détermine en grande partie la crédibilité d’une armée et sa capacité à dissuader un adversaire de s’engager dans une aventure militaire. La difficulté est que cette dimension est principalement qualitative et, de ce fait, difficilement évaluable à l’aide d’indicateurs quantitatifs simples.

Par exemple, la Grèce dépense massivement pour sa défense : 2,85 % du PIB, dont 36 % alloués à l’équipement. Cela semble en faire un bon élève de l’OTAN. Pourtant, l’essentiel de ces efforts sont tournés non pas vers une menace extérieure commune à l’Alliance atlantique, mais… vers la Turquie, qui en est membre. La Grèce a même annoncé fin août qu’elle ne souhaitait pas envoyer de troupes pour une possible mission d’interposition en cas d’armistice entre la Russie et l’Ukraine. Une grande partie des ressources militaires grecques ne contribuent donc pas à dissuader la Russie.

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