La prolifération des missiles balistiques
La première conclusion qui apparaît en étudiant les attaques des séparatistes yéménites est la large dissémination de la menace balistique. Après la signature du traité sur les Forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) le 8 décembre 1987, les États-Unis et leurs alliés se sont désintéressés des missiles balistiques tactiques pour deux raisons : l’interdiction d’une partie d’entre eux par ce traité et la fin de la guerre froide, qui a progressivement écarté les menaces de confrontation terrestre sur le sol de l’Europe et recentré l’activité opérationnelle vers la gestion de crises dans le monde et donc les opérations expéditionnaires. Pour remplir ces nouvelles missions, et notamment la projection de puissance depuis des navires, l’US Navy et la Marine nationale préféreront l’emploi du porte-avions et de missiles de croisière à l’arme balistique, conservée pour la dissuasion nucléaire. Parallèlement, l’Union soviétique puis la Russie ont exporté de façon continue leurs armes balistiques puis leur savoir – faire vers des nations proches d’elles politiquement.
Ces nations se sont ainsi équipées de ces armes pour résoudre des différends frontaliers ; c’est le cas des Scud pour l’Irak puis des Shahab‑1 de l’Iran. Mais le grand gagnant du traité FNI reste la République populaire de Chine (RPC) qui, n’en étant pas signataire, a pu développer une gamme très complète de missiles balistiques mis en œuvre par une armée spécialement affectée à cette mission : la PLARF (People’s liberation army rocket force) chargée de mettre en œuvre les armes nucléaires et conventionnelles. En outre, le caractère dual des missiles balistiques fait partie également des arrière – pensées d’États non dotés ou d’États du seuil. C’est le cas des missiles Hwasong nord – coréens, pour le moment conventionnels, mais dont les plus puissants seraient susceptibles d’emporter une tête nucléaire. Même les armes balistiques sud – coréennes développées pour assurer une forme de « dissuasion conventionnelle » doivent être prises en compte de façon particulière dans la mesure où la question du développement d’une dissuasion nucléaire n’est pas taboue dans ce pays. Mais c’est leur emploi à des fins de contestation de l’accès aux espaces maritimes qui interpelle aujourd’hui les marines occidentales.
Missiles balistiques contre cibles mobiles
Les deux principales nations à avoir développé massivement des capacités balistiques antinavires sont la RPC et l’Iran. Tous deux font face à des situations comparables : la crainte d’un conflit avec l’US Navy et sa capacité de projection de puissance dans un espace maritime dont les accès sont contraints (détroit d’Ormuz pour l’Iran, première chaîne d’îles pour la RPC). En effet, le vol balistique étant par nature non piloté, il faut, pour atteindre une cible mobile, connaître à l’avance son trajet pendant que le missile est en vol. Un passage obligé par un détroit offre en ce sens une opportunité pour un tir balistique. Malgré tout, atteindre une cible mobile à plusieurs dizaines, voire centaines, de kilomètres semble très complexe sans un guidage final pour corriger les imprécisions du vol ou les évolutions imprévues de la cible. S’ouvre alors la question des autodirecteurs installés sur des missiles balistiques, sujet technologiquement complexe qui alimente les débats concernant leurs performances ou la possibilité de piloter une partie du vol, en dehors du domaine balistique, pour en améliorer la précision terminale.
Les forces et les faiblesses des missiles balistiques
Si les missiles balistiques sont des armes impressionnantes par leur portée, leur vitesse et les charges qu’ils peuvent emporter, il convient cependant de ne pas occulter leurs faiblesses d’emploi contre des cibles mobiles navales.
Portée et célérité
La force des missiles balistiques réside dans leur portée et leur vitesse. Les missiles balistiques intercontinentaux de la dissuasion nucléaire sont les seules armes à être en mesure de frapper à l’autre bout de la planète. Les missiles balistiques des Houthis ont des portées bien plus modestes, mais qui dépassent facilement la centaine de kilomètres, voire le double. Cette portée donne la possibilité d’engager une cible navale depuis une position en profondeur dans les terres, ce qui place le tireur hors de danger de toute riposte immédiate. Les Houthis peuvent donc atteindre aussi bien le golfe d’Oman que la mer Rouge. Ils ont montré qu’ils étaient capables de menacer la mer d’Arabie après un tir rapporté le 12 mars par le média d’État russe RIA Novosti et ont même annoncé vouloir atteindre des cibles jusqu’au cap de Bonne – Espérance.
Pour atteindre ces portées, la puissance d’accélération fournie au décollage des missiles intercontinentaux les propulse à des vitesses largement hypersoniques (supérieures à cinq fois la vitesse du son) et, même si le frottement dans les couches de l’atmosphère les freine durant leur descente, ils peuvent atteindre leur cible à des vitesses qui restent au – delà du domaine hypersonique. Même les missiles balistiques à courte portée mis en œuvre par les Houthis en mer Rouge atteignent des vitesses plusieurs fois supérieures à celle du son, ce qui en fait des menaces complexes à intercepter du fait du peu de temps laissé aux opérateurs ciblés pour réagir.













