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Une nouvelle guerre du Pacifique ? Quelle structure de force indo-pacifique américaine pour la fin des années 2020 ?

Au bilan, 12 000 hommes seraient perdus. Certaines capacités sont cependant revues à la hausse. Les batteries de M‑142 HIMARS passeraient de sept à 21, les compagnies de reconnaissance passeraient de neuf à 12, le nombre d’escadrons de drones doublerait, de trois à six (dotés de MQ‑9A Reaper), et celui de KC‑130J de transport et de ravitaillement en vol passerait de trois à quatre. Ces évolutions ont une conséquence pour la structure de force, avec un déclin des structures historiques d’engagement – la Marine air-ground task force (MAGTF) et la Marine expeditionary unit (MEU) – qui formaient l’organique élémentaire des Marines. La structure des forces n’est d’ailleurs pas encore affinée. Celle des bataillons d’infanterie, par exemple, est toujours en cours d’évolution, y compris à travers de nombreuses expérimentations. Surtout, le changement de posture doctrinale implique la mise en place d’unités adaptées, les Marine littoral regiment (MLR) de 1 800 à 2 000 éléments. Comme les MEU, ils sont commandés par un colonel. Leur composition et leur volume précis ne sont pas encore arrêtés, mais ils seraient composés de cette façon :

• une littoral combat team centrée sur un bataillon d’infanterie et disposant d’une batterie antinavire NMESIS (Navy Marine expeditionary ship interdiction system), ainsi que de capacités de feu dans la grande profondeur ;

• un bataillon antiaérien centré sur la défense aérienne, la détection et la surveillance ;

• un bataillon de logistique de combat.

Début mars 2022, un premier régiment de Marines a été converti en MLR, à Hawaii, qui servira d’unité test permettant une série d’expérimentations, suivi par un deuxième, à Okinawa, en novembre 2023. Un troisième régiment d’infanterie doit être converti en MLR d’ici à 2030. La logique de combat distribué, avec des positions évoluant de manière fluide en coordination fine avec l’US Navy – et des garde – côtes de plus en plus impliqués dans la région –, entend ici tirer parti d’une vision multidomaine. Plusieurs capacités sont en cours d’acquisition, la plus évidente étant l’antinavire. Le NMESIS couple deux missiles NSM (Naval strike missile) de 185 km de portée sur un JLTV robotisé (Rogue – Fires), un système testé avec succès en août 2021 et montrant le type de mode d’action qui pourrait être retenu. Le véhicule, contrôlé à distance, a été débarqué sur une plage par un LCAC avant que ses missiles ne soient tirés sur la base des informations transférées. Le système pourrait tout aussi bien être aéroporté par K-130 ou CH-53 ou être utilisé depuis le pont des navires amphibies.

Une première batterie de missiles Tomahawk Block V, à 16 lanceurs Mk41 installés sur autant de Rogue – Fires, a été activée en juillet 2023, sachant que trois batteries regroupées au sein d’un bataillon de la 1re division de Marines doivent être opérationnelles d’ici à 2030. La variante du missile n’est pas connue, mais il pourrait s’agir du Block Va, à guidage multimode, optimisé pour la lutte antinavire. Par ailleurs, comme pour les MDTF (Multi-domain task forces) de l’US Army, les Marines utiliseront le M‑142 HIMARS, que ce soit depuis des déploiements sur les îles ou depuis le pont de navires amphibies – des essais ayant été réalisés en 2017, avec succès.

Il reste à voir comment les nouvelles unités des Marines s’articuleront avec les MDTF de l’Army : soit elles les appuieront en parallèle, soit elles y seront intégrées. Et ce, sachant que la structure même des MDTF offre une gamme de feux assez large répartie en trois batteries :

• des missiles PrSM tirés depuis des M‑142, d’environ 500 km de portée et entrés en service dans l’US Army en 2023. Une variante antinavire, le LBASM (Land – based antiship missile), a été testée avec succès en juin 2024 et sera achetée par les Marines et par l’Australie. Dotée d’un autodirecteur multimode permettant d’engager des cibles en mouvement, elle pourrait avoir une portée nettement supérieure ;

• des Dark Eagle (LRHW – Long range hypersonic weapon) hypersoniques, de plus de 2 700 km de portée et tirés depuis des remorques. Le premier essai complet du missile a eu lieu, avec succès, le 12 décembre 2024. Sa fonction première reste l’attaque terrestre ;

• des SM‑6 et des Tomahawk tirés depuis des lanceurs Typhon sur remorque. En l’occurrence, une première batterie a été déployée en avril 2024 aux Philippines, pour plusieurs mois. Le SM‑6 a déjà démontré sa capacité antinavire, même s’il ne dispose que d’une charge explosive de 64 kg.

Surtout, les MDTF disposent d’un Multi – domain effects battalion (MDEB), qui joue un rôle de générateur de renseignement et de fusion des données, via le système TITAN (Tactical intelligence targeting access node) et la connexion au JADC2 (Joint all domain command and control). L’unité sera aussi un effecteur dans les champs cyber et informationnel – soit autant de capacités déficitaires chez les Marines, nonobstant l’acquisition de MQ‑9.

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