Forger le katana multidomaine
Afin d’amalgamer sa future Force de défense multidomaine, le Japon a établi en 2024 un Commandement des opérations interarmées des Jieitai : le JSDF Joint operations command (JJOC), ou « Togo Sakusen Shireibu », placé à Ichigaya, au cœur de Tokyo, sous le contrôle du chef d’état – major interarmées (« Togo Bakuryo Kanbu » (2)). Ce système permet d’optimiser la conduite d’opérations multidomaines de toutes les composantes opérationnelles sous un commandement centralisé qui chapeaute dorénavant les Ground component command (3) (« Rikujo – Sotai »), Self defense fleet (« Jieikantai »), Air defense command (« Koku-Sotai ») et JSDF cyber defense command (« Jieitai Saiba Boeitai »). De plus, il assure la mise au diapason opérationnel avec le quartier général des forces américaines au Japon (Headquarters US Forces Japan – USFJ) situé à Yokota, base à l’ouest de Tokyo. Son lien avec le commandement américain de l’Indo – Pacifique (US Indo – Pacific Command – USINDOPACOM) est aussi important. Cette mesure fait donc partie du renforcement et de l’équilibrage de l’alliance américano – japonaise. Sous la tutelle du nouveau commandement intégré japonais, les unités opérationnelles des forces terrestre, maritime et aérienne connaissent elles – mêmes leur plus grande restructuration depuis leur création, sur une voie qui avait été pavée par des réformes mineures depuis le début du siècle.
Domaine terrestre : le déploiement territorial rapide
La force terrestre dispose de neuf divisions et de huit brigades de combat, tout en tenant compte que les divisions japonaises ne sont que des brigades avec de plus larges bataillons. Elles sont réparties entre le Ground component command et cinq « armées » ou forces régionales (Nord, Nord-Est, Est, Centre, Ouest). Tout en conservant cette structure défensive et territoriale, plusieurs unités ont été converties entre 2018 et 2023 dans un rôle de « déploiement rapide » sur l’archipel japonais, y compris vers ses îles extracôtières au sud qui sont les plus exposées aux menaces, notamment Okinawa, ou même Yonaguni qui n’est qu’à 68 milles marins de Taïwan. Les nouvelles troupes de déploiement rapide sont les 2e, 6e et 8e divisions, ainsi que les 5e, 11e et 14e brigades. Ces divisions ou brigades, bien qu’étant toutes assignées à cette mission, ne possèdent chacune pour le moment qu’un seul bataillon appelé « régiment de déploiement rapide » (« Sokuo Kido Rentai »), organisé spécifiquement en unité mixte infanterie – cavalerie blindée légère sur roues (4) et projetable par les airs.
Le Ground component command complète ces capacités avec trois unités d’élite : la brigade de déploiement rapide amphibie (« Suiriku Kido Dan » (5)) créée entre 2018 et 2024, la 1re brigade aéroportée (« Kutei Dan » (6)), ainsi que le groupe des opérations spéciales (« Tokushu Sakusen Gun »). En effectifs cumulés, ce potentiel représente environ 36 000 troupes d’intervention (10 000 si l’on ne compte que les régiments de déploiement rapide et les troupes amphibies et aéroportées). Si un ennemi débarquait, cela serait bien insignifiant pour repousser une invasion, malgré les bénéfices défensifs des distances maritimes et de l’environnement archipélagique montagneux. De plus, ces unités arriveraient au compte – gouttes. L’entièreté de la flotte de transport aérien japonaise, encore composée de Kawasaki C‑2 et de C‑130H à la fin de la décennie, est requise pour amener en une rotation un bataillon de déploiement rapide au complet. Presque la moitié de ces unités étant stationnée dans le nord, à Hokkaido, la question du tempo de projection vers le sud se fait encore davantage ressentir. La stratégie prévoit quatre phases d’intervention terrestre contre une attaque du territoire japonais : avant – garde d’infanterie légère ; régiments de déploiement rapide ; autres unités appartenant aux divisions ou brigades de déploiement rapide ; renforts par des divisions ou brigades de garnison fournies par les commandements régionaux. Un autre séisme pour la force terrestre japonaise est qu’elle est de plus en plus dépourvue de ses moyens lourds, surtout les chars (7) et l’artillerie de campagne (8), dans une optique qui rappelle celle de la restructuration en cours dans l’US Marine Corps inspirant bien plus les Jieitai que l’US Army ou les rappels réalistes de la guerre en Ukraine.













