Archipel-forteresse à la pointe
Hormis les forces conventionnelles qui mènent les opérations, l’essentiel de l’architecture de défense japonaise pour l’horizon 2030 s’érige avant tout sur la synthèse de hautes technologies d’A2/AD et de renseignement. C’est le cheval de bataille. La liste des moyens escomptés en missiles, capteurs ou robots est longue. Ce qui compte est d’en retenir les pierres d’angle et d’en comprendre la doctrine et ses conséquences. La défense aérienne et balistique intégrée sera mise en œuvre en trois échelons : les systèmes d’alerte avancée, y compris satellitaires, tant américains que japonais, pour détecter et suivre un tir ennemi ; la traque et l’interception en mer par les destroyers Aegis et leurs 32 nouveaux missiles SM‑6 Block I ou plus vieux SM‑3 Block IIA ; le relais en phase terminale par les stations radars (FPS‑3/5/7 modernisées) couplées aux 48 lanceurs PAC‑3 de la force aérienne et aux 17 batteries Type‑03 de la force terrestre comme dernière ligne de défense.
De plus, les capacités de lutte antinavire sont augmentées, tandis que celles d’attaque terrestre sont introduites, donnant un trait plus agressif à la défense japonaise. Pour ce faire, dans un mélange de matériel indigène et américain, le Japon a décidé de s’équiper de 400 missiles de croisière Tomahawk à lancer depuis ses destroyers, ainsi que d’AGM-158 JASSM et Joint strike missiles (JSM) dans le domaine aérien et de missiles antinavires Type‑12 de 900 km de portée qui seront déclinés en versions terrestre pour batteries côtières (2026), navale embarquée (2027) et aérienne pour F‑2 (2029). En 2024, en anticipation de la croissance de la lutte antinavire et de l’arrivée des Type‑12 destinés aux lanceurs terrestres, l’unité d’artillerie de campagne de l’armée de l’ouest, ayant ses quartiers à Oita, dans le sud de l’archipel (île de Kyushu), a été étoffée en 2e brigade d’artillerie. Elle est destinée à couvrir le chapelet d’îles Nansei au sud, et sera de loin la plus grande unité d’artillerie japonaise avec ses trois régiments côtiers (5e, 7e, 8e), son régiment de campagne, et la 301e batterie, qui deviendra après 2030 un bataillon armé de planeurs hypersoniques (Hyper velocity gliding projectile). En effet, des projets de missiles et de planeurs hypersoniques sont à l’étude.
C’est l’effet miroir avec la nouvelle doctrine Force Design 2030 (9) de l’USMC qui se consacre grandement à la défense du littoral, notamment avec des capacités antinavires. Pour compléter ces dispositifs A2/AD dans le domaine spatial, un satellite de surveillance Space domain awareness (SDA) va être mis en orbite en 2026 par l’agence spatiale japonaise (JAXA), tandis que la résilience des systèmes de communication satellitaires sera durcie. Dans le domaine du spectre électromagnétique, les mailles du filet croiseront de nouvelles capacités de brouillage des radars et des communications avec celles de guerre électronique (par exemple, les avions C‑2 SOJ) et de contre – mesures, ainsi que d’armes à haute énergie (laser) ou haute puissance (micro – ondes) antidrones devant apparaître au début des années 2030. Enfin, la multiplication des systèmes robotisés sera aussi cruciale dans le dispositif multidomaine. À la fois ossature des forces et élément de l’A2/AD, l’unité de défense cyber regroupant des membres des trois services des Jieitai va quadrupler pour atteindre 4 000 personnels dans les plans prévus pour 2028. C’est une impressionnante consolidation, qui reste pourtant bien maigre au regard des capacités chinoises ou d’autres grandes puissances et contenue dans des missions strictement défensives. De plus, le recrutement, en péril, sera forcé en réduisant les critères d’aptitude militaire pour les postes cyber. Ce qui caractérise le plus les plans de défense du Japon est qu’il a l’intention de s’entourer d’un mur de feu défensif en plusieurs couches hérissées et multidomaines.
Vulnérabilités
Tous ces points ne sont qu’un survol des plans ambitieux du Japon pour réformer et muscler sa défense à l’horizon 2030, avec pour objectif principal d’intensifier la protection de son territoire et de sa ZEE dans la circonscription de ce qui lui est concevable à court terme et en accord avec sa ligne politique post-1945. Ses dirigeants tiennent aussi compte de l’opinion publique et de l’état de la société, qui n’est pas encore prête pour une révolution stratégique. Cependant, les mesures du plan 2023-2027 sont impressionnantes et imposent de doubler les dépenses de défense en y consacrant 2 % du PIB. Mais l’enthousiasme qui embaume les projets voile la réalité de graves inadéquations et manquements.













