Le 28 août 2025, le nouveau chancelier allemand Friedrich Merz était reçu à la résidence estivale du président français pour relancer le couple franco-allemand
après les difficultés rencontrées par le précédent tandem Macron-Scholz. Cette invitation du nouveau chancelier représente un symbole important pour le renouveau de la coopération entre les deux pays en matière de défense : seuls Helmut Kohl (en 1985) et Angela Merkel (en 2020) avaient auparavant été reçus à Brégançon, marque d’attention réservée aux partenaires que la France souhaite tout particulièrement privilégier. Un conseil franco-allemand de défense s’est ensuivi à Toulon, avec l’objectif de replacer ce tandem au cœur des initiatives en matière de défense européenne.
Le « couple franco – allemand » est-il vraiment de retour ? Depuis la fin de la guerre froide, l’impulsion franco – allemande en matière de défense européenne a plusieurs fois permis d’avancer, qu’il s’agisse de l’inscription de la PESC puis de la PSDC dans l’architecture institutionnelle et juridique de l’UE dans les années 1990, de la coopération structurée permanente ou de l’embryon d’état – major de planification d’opérations militaires non exécutives à Bruxelles (MPCC), hérité des discussions entre pays chocolatiers (1) dans les années 2000, entre autres. Pour autant, le partenariat entre Paris et Berlin n’a jamais été exempt de nombreux malentendus stratégiques, notamment quand il s’agit de la question de l’autonomie stratégique européenne (2).
Un retour des initiatives franco-allemandes pour la défense européenne ?
Quelles sont donc les nouvelles propositions issues du conseil bilatéral de sécurité et de défense du 29 août 2025 ? Rien de très nouveau ou de révolutionnaire, mais la feuille de route bilatérale permet d’acter une volonté commune de faire progresser la défense européenne. Cette feuille de route envisage ainsi de consolider un pilier européen au sein de l’OTAN ; d’augmenter les budgets de défense des deux États en accord avec la décision prise par les États de l’Alliance transatlantique en juin 2025 de porter les budgets de défense de ses membres à 5 % du PIB dans les années à venir ; d’engager la brigade franco – allemande dans le cadre de la protection du flanc est du territoire européen (3) ; de se lancer dans un dialogue stratégique concernant la dissuasion nucléaire, ou encore d’approfondir la coopération entre les deux pays en matière d’armement en maintenant leur engagement dans les projets d’armement conjoints tels que le SCAF et le MGCS.
En outre, le nouveau chancelier partage avec le président français la perception de l’importance de la relation bilatérale pour l’UE. Friedrich Merz s’est d’ailleurs entouré de conseillers non seulement très bien introduits dans les cénacles européen et franco – allemand, à l’instar notamment de Michal Clauss, mais aussi de ministres convaincus de l’importance de cette coopération bilatérale comme force d’entraînement européenne, à l’image du ministre allemand des Affaires européennes Gunther Krichbaum (4).
Pour autant, le chancelier Merz est également atlantiste et s’appuie sur une armée profondément socialisée à l’OTAN, une alliance qui a permis à l’Allemagne de regagner une armée en 1955. Outre la place de l’OTAN dans l’architecture européenne de sécurité et de défense, sur laquelle Paris et Berlin ne sont pas pleinement alignés, de nombreux sujets continuent à freiner le retour du « moteur franco – allemand ».














