La Russie est aujourd’hui le principal acteur de la guerre de l’information. Depuis 2022, Moscou mobilise des milliards de dollars pour justifier son invasion à grande échelle de l’Ukraine via des organes de propagande, des faux médias et des comptes inauthentiques sur les réseaux sociaux. L’objectif est de saturer le champ informationnel de contenus favorables aux intérêts du Kremlin. Moscou cible délibérément les principaux soutiens de la résistance ukrainienne, dont la France.
La Russie n’est toutefois pas le seul pays qui utilise l’information comme une arme. L’Azerbaïdjan, l’Iran, la Chine utilisent l’information comme une arme politique et cherchent à influencer les opinions publiques par la promotion de leur image et la diffusion de leurs narratifs. L’objectif est de diviser nos sociétés et d’influencer notre politique étrangère.
La France développe-t-elle également une stratégie informationnelle offensive ? Quelle est cette stratégie et de quelles armes dispose le pays dans ce domaine ?
Face aux attaques croissantes de la part d’États autoritaires contre nos démocraties, le président de la République a annoncé, lors de son discours à Toulon en novembre 2022, la mise en place d’une 6e fonction stratégique « Influence » dans le cadre de la Revue nationale stratégique.
Concrètement, au-delà du rétablissement des faits et de la mise sous sanctions des acteurs malveillants, les autorités françaises renforcent leurs moyens en matière de communication afin de promouvoir notre diplomatie et de valoriser notre action à l’étranger. L’objectif est de concurrencer les narratifs hostiles en valorisant notre politique étrangère de façon transparente, sans adopter les stratégies agressives et déloyales de notre adversaire. Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022, le MEAE a par exemple mené des campagnes de communication partout dans le monde pour souligner les échecs russes en Ukraine. Le rôle de nos ambassades pour expliquer l’action et la politique étrangère de la France est clé.
Récemment, le ministère des Affaires étrangères a lancé la réserve diplomatique citoyenne, dont l’une des missions est le renfort dans le champ informationnel et notamment la lutte contre la désinformation. Pouvez-vous nous expliquer en quoi cela consiste ?
Mentionnée par le président de la République dans son discours du 16 mars 2023 sur la réforme de la diplomatie française, la réserve diplomatique citoyenne a été officiellement lancée le 5 juillet dernier par le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères avec un contingent expérimental de 200 réservistes.
La réserve citoyenne diplomatique a pour objectif de renforcer le lien entre les citoyens et la nation à travers l’amélioration de la diffusion de la culture diplomatique auprès des citoyens, une meilleure compréhension des choix en matière de politique étrangère et plus d’engagement de nos compatriotes au service de notre diplomatie.
Concrètement, les réservistes se verront confier une grande variété de missions : apporter leur aide dans la gestion des crises et dans l’organisation des grands évènements internationaux ; mettre leur expertise au service du MEAE selon les sujets d’actualité ; communiquer et expliquer la politique étrangère de la France dans des environnements professionnels variés ; accompagner dans leur parcours les jeunes intéressés par la diplomatie française (mentorat, aide à l’orientation, recherche de stage) ; amplifier la communication de notre politique étrangère dans le champ informationnel et lutter contre la désinformation au sein d’une réserve numérique dédiée.
Aucune institution ne peut gagner seule, et chaque citoyen agile sur les réseaux sociaux a les moyens de toucher sa propre communauté, de faire entendre sa voix. Nombreux sont ceux qui veulent aider à faire entendre la voix de la France dans le chaos géopolitique actuel. Cette réserve est une façon pour nous de leur tendre la main et de leur donner les moyens d’agir là où ils sont déjà actifs.
Propos recueillis par Thomas Delage le 20 juillet 2025.
Note
(1) France en R.D.Congo, « [THREAD] A force de laisser les contre-vérités se propager… », publication sur X, 25 février 2025 (https://rebrand.ly/wgjrz82).
Légende de la photo en première page : Selon VIGINUM, le service français de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères, entre avril 2023 et septembre 2024, les Jeux olympiques de Paris 2024 ont été ciblés par 43 manœuvres informationnelles identifiées. Si celles-ci se sont révélées majoritairement opportunistes, VIGINUM a également détecté deux campagnes numériques planifiées et coordonnées, dont une à l’été 2023 impliquant des acteurs pro-azerbaïdjanais. (© Shutterstock)













