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Artillerie : la très longue portée est-elle pertinente ?

D’autres entreprises se positionnent sur ce secteur. Tiberius Aerospace, fondée en 2022 par des anciens de la Silicon Valley et présente en Australie, au Royaume-­Uni et aux États-Unis, a ainsi présenté son concept Sceptre en mai 2025. Avec une portée maximale de 150 km et une vitesse de Mach 3,5, il atteint un apogée de plus de 19 000 m, là où les systèmes de brouilleurs sont généralement inopérants. Une IA embarquée prendrait ensuite le relais pour corriger les erreurs depuis le dernier relevé GPS, autorisant un écart circulaire probable inférieure à 5 m, et plusieurs obus en vol pourraient également transmettre des informations les uns aux autres. Sa charge utile est de 5,2 kg et le carburant utilisé pourrait être du diesel, du JP‑4 ou du JP‑8. L’une des difficultés à résoudre sera son intégration dans des systèmes de chargement automatique dès lors qu’il a été conçu pour un chargement manuel. Lentreprise a révélé en septembre avoir obtenu du ministère britannique de la Défense un contrat, dont la teneur n’est pas connue, concernant le développement de sa munition. Ce contrat courait de février à octobre 2025 et, à ce jour, aucun autre na été rendu public.

Par ailleurs, BAE Systems envisage d’autres applications pour l’HVP devant équiper le MDAC. La firme a ainsi communiqué sur Scorpio‑XR, un obus manœuvrant à faible traînée d’une portée maximale de 70 km, obtenue avec un canon de 155 mm/58 Cal. qui n’entrera certes pas en service aux États-Unis, mais qui pourrait se concrétiser en Corée du Sud, avec le K9A3. Le Scorpio‑XR est actuellement développé pour le compte de l’US Army en tant que XM‑1155SC et n’a pas été affecté par l’annulation du M‑1299. En l’occurrence, des essais rendus publics mi-octobre 2025 ont permis de valider son utilisation depuis des obusiers de 52 calibres.

Cependant, ces nouveaux systèmes, s’ils promettent beaucoup, suscitent des interrogations. Après des essais réussis, il doivent maintenant trouver leur place dans les systèmes de forces. L’artillerie peut certes ainsi s’éloigner des lignes de front et être moins vulnérable – bien que ces obus soient peu compatibles avec une artillerie de campagne – ou, au contraire, s’en rapprocher et frapper plus loin, mais à des distances qui font s’interroger sur la pertinence du concept au regard des capacités offertes par les « roquettes guidées ». Leur coût peut également constituer un écueil : il atteindrait 800 000 dollars pour un obus à propulsion par ramjet et il n’est pas certain que l’avantage comparatif offert soit très supérieur comparativement aux nouveaux types de vecteurs de croisière polyvalents ou à une GMLRS valant entre 100 000 et 200 000 dollars… 

Légende de la photo en première page : Représentation informatique du Sceptre. (© Tiberius Aerospace)

Article paru dans la revue DSI hors-série n°105, « Technologies militaires 2026 », Décembre 2025-Janvier 2026.
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