La sécurité des routes commerciales maritimes reste par ailleurs menacée, notamment en mer Rouge, où des attaques de groupes armés touchent des navires marchands. Par exemple, l’attaque du vraquier MV Magic Seas, coulé par des drones et roquettes houtis au large du port de Hodeidah en juillet 2025, a tué plusieurs marins. De tels incidents rappellent que, bien que moins médiatisés que des affrontements directs entre États, ces actes pèsent sur l’économie maritime mondiale et la perception de sécurité des compagnies de transport.
Dans ce contexte, la rivalité au sein des États du golfe Persique a récemment pris une dimension inédite. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, longtemps alliés au sein du CCG et dans le théâtre yéménite contre les Houthis, ont vu leur coopération se fissurer en décembre 2025. À la fin de l’année, Riyad a mené des frappes aériennes contre des armes supposément fournies depuis des ports émiriens à des forces séparatistes au Yémen, notamment dans le port de Mukalla, et a accusé Abou Dhabi de soutenir des factions séparatistes du Conseil de transition du Sud. Ces événements ont provoqué une montée des tensions entre les deux monarchies usuellement alliées, symbolisant une rupture stratégique potentielle au sein du CCG et un réalignement des priorités géopolitiques régionales.
L’ensemble de ces éléments — saisies de cargaisons d’armes, attaques navales indirectes, pressions sur les corridors maritimes, fractures intra‑CCG — illustre la centralité de la zone grise dans la stratégie iranienne et régionale. Téhéran parvient à maintenir une pression constante, à créer des couts politiques et économiques pour ses adversaires sans provoquer une guerre totale, et à tirer profit de l’évolution des dynamiques régionales pour affaiblir les réponses collectives des rivaux régionaux. Dans ce théâtre complexe, chaque incident naval devient un message stratégique, chaque saisie un levier de négociation, et chaque fracture interne du golfe Persique une opportunité d’avancer ses propres objectifs, tout en laissant ouverte la possibilité d’une désescalade contrôlée si les conditions le permettent.
Note
(1) L’Institut des relations internationales et de géopolitique (IRIG) est un think tank qui organise des conférences avec des intervenants français et internationaux, des séminaires professionnels et qui échange régulièrement avec les figures politiques françaises et les ambassades à Paris. À la mi-mars 2026 par exemple, l’IRIG recevra la ministre de la Francophonie et des Partenariats internationaux à l’occasion de la journée mondiale de la francophonie.
Légende de la photo en première page : Le détroit d’Ormuz est, depuis l’Antiquité, un haut lieu du commerce international. La Convention internationale des Nations unies sur le droit de la mer de 1982 ne s’y applique qu’en partie, puisque ni l’Iran, ni les Émirats arabes unis, ni les États-Unis ne l’ont ratifiée. L’Iran conteste notamment le concept de « passage en transit » dans les détroits internationaux (comme celui d’Ormuz), préférant le régime plus restrictif du « passage inoffensif ». (© Clare Louise Jackson/Shutterstock)













