Quelle est l’influence de la situation militaire sur le terrain dans les négociations, alors même que la lecture de l’évolution des rapports de force n’est pas la même pour tout le monde ?
Il ne faut pas s’y tromper, les dynamiques militaires sur le terrain vont jouer un rôle déterminant dans la séquence et l’issue des négociations, ainsi que dans la forme que prendra un éventuel plan de paix. Donald Trump considère que cette dynamique est favorable à la Russie, que Moscou a le dessus militairement. Ainsi, dans sa logique, il faut avant tout parvenir à une solution qui serait acceptable pour la force dominante, car c’est la meilleure façon de résoudre le conflit rapidement. Les États-Unis considèrent par ailleurs que la situation de l’Ukraine ne sera pas meilleure dans six mois ou dans un an, et qu’elle sera peut-être même pire, d’où la nécessité pour Kyiv de négocier maintenant, selon eux. Les Européens ne partagent pas cette analyse, ils sont moins pessimistes quant à la capacité de l’Ukraine de résister sur le long terme et de négocier en position de force. Dans l’absolu, ces dynamiques sont difficiles à anticiper avec précision.
Pourquoi Donald Trump n’a-t-il pas réussi jusque-là à avancer aussi vite qu’il le pensait sur le dossier ukrainien ? Quels ont été les principaux freins ?
Il est important de rappeler que le temps de la négociation ne se décrète pas. La négociation vient lorsqu’une des deux parties a perdu la guerre ou l’espoir de la gagner. La Russie a déclenché cette guerre pour atteindre certains objectifs stratégiques et politiques. Et c’est uniquement lorsqu’elle considérera que ses objectifs sont inatteignables militairement, ou que certains peuvent être réalisés diplomatiquement, qu’elle se résoudra à la négociation. Il était donc difficile d’enclencher un processus de négociation véritable alors que les deux parties considéraient chacune qu’elles pouvaient encore, soit atteindre des objectifs militairement pour la Russie, soit être dans une meilleure position pour négocier pour l’Ukraine.
L’autre raison, c’est un manque de préparation apparent. En effet, un processus de solution négociée à un conflit prend beaucoup de temps à mettre en place. Mal préparé, il peut au contraire contribuer à prolonger le conflit. Par ailleurs, plutôt que devant les caméras du monde entier, ce type de démarche doit être conduite et mise en œuvre derrière porte close pour réussir, car c’est seulement dans ce cadre que les parties sont prêtes à faire des compromis. Enfin, l’attention aux détails est primordiale. Or, tout cela correspond mal au caractère de Donald Trump, qui semble peu goûter la perspective de négociations longues. Pourtant, les négociations qui ont mis fin à la guerre de Corée ont, par exemple, duré près de deux ans, et les combats continuaient pendant ce laps de temps.













