Reste que la personnalité de Donald Trump ne peut que nourrir les doutes des professionnels du contre – espionnage. Le président américain présente en effet, de façon presque caricaturale, tous les leviers utilisés lors des recrutements de sources et réunis sous l’acronyme bien connu de MICE : Money, ideology, coercion, ego (11). De fait, l’homme présente tellement de vulnérabilités que l’hypothèse selon laquelle un service offensif s’en serait donné à cœur joie n’a rien d’absurde. Entre sa fascination pour les hommes forts (12) – un terme poli pour qualifier les dictateurs –, son appât du gain, son orgueil en apparence sans limites et même sa supposée instabilité mentale (13), et ses liens plus que suspects avec le défunt milliardaire pédophile Jeffrey Epstein tout comme ses turpitudes (14), Donald Trump, tout à sa quête du pouvoir, pouvait constituer une « cible idéale » (15), que l’on pouvait peut-être recruter, mais que l’on pouvait à coup sûr manipuler.
Plus belle opération de manipulation de l’histoire du renseignement ?
Sauf à disposer d’accès au plus haut niveau à des services de contre – espionnage, la presse et les chercheurs ne peuvent naturellement démontrer la réalité du recrutement du président des États-Unis par la Russie – cette dernière phrase permettant de mesurer la portée historique de l’affaire et l’ampleur inédite des doutes. Les décisions prises par Donald Trump en matière diplomatique ont alimenté les rumeurs, en particulier en ce qui concerne le soutien à l’Ukraine, pour le moins changeant, qui fut parfois interrompu dans les premiers mois de 2025, mais qui a repris cet automne dans un apparent changement de cap. L’important est cependant ailleurs pour la Russie.
La politique étrangère américaine, devenue erratique, semble avoir abandonné toutes les ambitions morales et normatives qui étaient les siennes depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. En ce sens, elle répond à la fois aux aspirations de l’équipe au pouvoir à Washington et à celles de l’équipe au pouvoir à Moscou.
De surcroît, sur la scène intérieure, les attaques systématiques contre l’État de droit, le recours à l’armée sur le territoire de l’Union, la violence hors de contrôle du Service de l’immigration et des douanes (ICE), la rhétorique antisciences et la nomination de personnalités parfaitement incompétentes aux positions idéologiques plus qu’ambiguës, comme Tulsi Gabbard, plus haute responsable du renseignement (16), ou Kash Patel, directeur du FBI, contribuent à attiser les tensions de la société américaine tout en réduisant le leadership stratégique et moral des États-Unis, et donc en isolant l’Europe.
Plus encore, en effet, que la guerre en Ukraine, la destruction de l’intérieur des démocraties occidentales en jouant sur leur usure, leurs faiblesses et leurs contradictions est l’objectif ultime de la Russie de Vladimir Poutine. Donald Trump et l’équipe qui l’entoure sont sur cette même ligne (17), même si les convergences entre Washington et Moscou ne sont probablement pas définitives et sont susceptibles de varier.
Peut-être un temps source des services russes, Donald Trump présente désormais toutes les caractéristiques d’un agent d’influence dont la puissance, difficile à contrôler étroitement par Moscou, sert cependant les intérêts russes à long terme. Entouré d’élus républicains convaincus ou terrifiés et soutenu par une base à la ferveur quasi religieuse, le président américain joue une partition en partie dictée par une puissance extérieure qui applique parfaitement la stratégie de contournement décryptée par Dimitri Minic (18) et dont nous sommes également la cible.













