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L’OWA-UAV, exemple parfait de techno-régression compétitive ?

Curieux destin que celui du One way attack-Unmanned aerial vehicle (OWA-UAV) : ayant extérieurement la structure d’un drone classique, il répond en fait à une tout autre mission. En effet, là où la différence théorique entre un drone et un missile est que le premier peut être récupéré, l’OWA‑UAV apparaît comme un missile de croisière de substitution, appelé à frapper sur de longues distances ; avec cependant une charge explosive moindre.

Les OWA-UAV sont des systèmes relativement récents, avec un premier usage attesté chez les Houthistes, contre l’Arabie saoudite, dès janvier 2019 – avant que leur emploi ne s’intensifie. C’est d’abord le cas dans la guerre du Yémen, avec une attaque particulièrement remarquée, le 14 septembre 2019, contre deux installations de l’Aramco importantes dans la chaîne de production pétrolière. Menée avec 25 drones et en conjonction avec des missiles balistiques, elle a réduit temporairement de 50 % les exportations saoudiennes en produits pétroliers. Dans ce cas de figure, les drones ont navigué de manière à prendre en défaut la couverture radar saoudienne, les radars des systèmes Patriot n’offrant pas une couverture à 360°. L’origine exacte de la frappe, qui aurait pu être lancée d’Iran – techniquement plus proche – n’a jamais été déterminée. D’autres attaques ont visé des aéroports ou encore le ministère de la Défense à Riyad, là aussi parfois en conjonction avec des frappes balistiques. Plus récemment et dans le contexte de la guerre entre le Hamas et Israël, des OWA‑UAV mis en œuvre par les alliés régionaux de l’Iran ont également touché des bases américaines en Irak et en Syrie.

En 2021, le Hamas a montré les images de l’engagement d’un drone de frappe à longue distance sur Twitter, avant que Tsahal ne publie la vidéo de son interception. Mais c’est durant la guerre d’Ukraine que l’usage d’OWA‑UAV se généralise, chez les deux belligérants. Voyant une diminution de ses stocks de missiles de croisière, la Russie achète ainsi en Iran un grand nombre de Shahed‑136, rebaptisés Geran‑2 ainsi que des Shahed‑131. Ils sont utilisés en particulier durant la campagne de frappes sur des installations énergétiques ukrainiennes, avec plus de 500 drones tirés. Dans tous ces différents cas de figure, le rôle de l’Iran apparaît comme central, avec des systèmes relativement simples, compacts, et aisés à programmer et à utiliser. Si l’Ababil‑T (Qasef‑1 et Qasef‑2K pour les Houthistes) est issu du drone de reconnaissance/drone cible du même nom et confine à l’innovation d’usage, les Shahed‑131 et Shahed‑136 sont plus spécifiquement conçus pour les missions de frappe et renvoient à une innovation matérielle en bonne et due forme.

Mais l’Ukraine n’est pas en reste. Ayant épuisé les missiles balistiques à courte portée SS‑21 dont elle disposait encore au début de la guerre, elle a mené plusieurs attaques en Russie avec deux catégories de vecteurs. D’une part, classiquement, des drones qui ont permis de déposer des charges sur des cibles – typiquement des appareils de combat ou de transport – et qui ne rentrent pas dans la catégorie des OWA‑UAV, tout en étant vraisemblablement utilisés à proximité de leurs cibles. D’autre part, de vrais « drones de croisière », comme le Bober (« castor »), ont été conçus localement, et achetés par financement participatif. En l’occurrence, ils ont été utilisés pour plusieurs attaques sur Moscou à partir de mai 2023. Le Morok est un autre design ukrainien plus récent, mais dont la charge en explosif est un peu accrue. Dans les deux cas, ils sont utilisés par le GUR (renseignement militaire ukrainien).

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