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L’OWA-UAV, exemple parfait de techno-régression compétitive ?

Mais ces systèmes se sont également révélés être de bons leviers de saturation en vue de générer des effets opératifs, avec un remarquable rapport coût/efficacité. Les attaques russes en Ukraine et ukrainiennes en Russie ne peuvent modifier le cours de la guerre ; en revanche, elles peuvent avoir des conséquences importantes. En ciblant les infrastructures énergétiques ukrainiennes (3), la Russie a produit deux effets : d’une part, elle a imposé à Kiev une forte consommation en précieuses munitions de défense aérienne ; d’autre part, la constante depuis la Deuxième Guerre mondiale étant que le ciblage des villes impose au politique de les défendre, les systèmes de défense aérienne ne peuvent pas être disponibles pour la couverture des forces engagées dans la contre – offensive. Or, pour ce qui concerne la Russie, cela a accru la liberté de manœuvre de son aviation, qui a ainsi pu être plus facilement engagée au combat. Si le Gepard s’est avéré particulièrement efficace contre les Shahed‑136, il se serait aussi montré d’une grande utilité contre des Ka‑52 ou des munitions guidées russes sur les lignes de contact ou à proximité immédiate…

Dans le cas ukrainien, la logique retenue différait légèrement. Il s’agissait certes de desserrer l’étau de la défense aérienne russe dans les zones de combat en forçant une réallocation des systèmes, mais surtout – au vu de la masse de ces systèmes – d’avoir une action sur les perceptions russes, « rapprochant » la guerre des populations qui, comme à Moscou, en étaient tenues éloignées à relative distance par le pouvoir. Mais ils ont également eu une autre fonction politique, démontrant aux États – Unis ou aux États européens que des frappes en Russie ne provoqueraient pas de riposte nucléaire, sapant ainsi une rhétorique de la maîtrise de l’escalade qui empêchait ces États de lui fournir des matériels à longue portée ou encore des appareils de combat. Mais il s’est aussi agi de frapper des cibles militairement intéressantes : installations électriques et ferroviaires, raffineries, bases aériennes, base navale de Sébastopol. En août 2023, la Russie a ainsi subi 25 attaques de plusieurs drones chacune, jusqu’aux frontières avec l’Estonie. La logique ici retenue est pleinement celle d’un missile de croisière « de compensation » dès lors que les SCALP et autres Storm Shadow ne sont pas disponibles en grand nombre et que les États – Unis traînaient les pieds pour faire don de missiles ATACMS.

Les frappes des Houthistes sur Israël en octobre 2023 renvoyaient à une logique moins élaborée de prime abord. Les tirs contribuaient, dans une certaine mesure au vu de leur faible nombre, à saturer les défenses aériennes israéliennes – non sans que plusieurs soient interceptés par l’USS Carney, croisant en mer Rouge. Mais ils constituaient aussi l’expression politique de « l’axe de la résistance » promu par Téhéran et le Hamas, avec d’évidentes contraintes : outre celles du nombre de drones disponibles, celle également de ne pas franchir certaines limites à l’égard des États – Unis qui déployaient un groupe aéronaval vers le golfe Persique, les frappes s’avérant, au 13 novembre, finalement assez peu nombreuses.

Au bilan, il est loin d’être certain que l’OWA‑UAV devienne le « missile de croisière du futur » ; du moins à lui seul. En revanche, il contribue au phénomène de dilatation des zones de bataille auquel doit répondre le combat multidomaine, et ouvre des perspectives pour nombre d’acteurs, tout en constituant un signe de plus de la nécessité de réinvestir dans les capacités de défense et de supériorité aériennes. En effet, ce type de système ne restera pas forcément réservé aux acteurs irréguliers : en combinaison avec des systèmes plus performants, il pourrait bien aussi devenir une innovation de taille et de masse pour des armées qui en ont bien besoin… 

Notes

(1) Voir notamment le hors-série no 66 de Défense & Sécurité Internationale (juin-juillet 2019) sur cette notion.

(2) Selon le terme particulièrement approprié d’Olivier Zajec.

(3) Voir notamment Adrien Fontanellaz, « La campagne de l’hiver 2022-2023 contre l’infrastructure énergétique ukrainienne », Défense & Sécurité Internationale, no 167, septembre-octobre 2023.

Légende de la photo en première page : Les restes d’un Qasef-1 récupéré par les Saoudiens. Dès 2019, les Houthistes en ont notamment utilisé contre les unités antiaériennes saoudiennes et émiriennes. (© D.R.)

Article paru dans la revue DSI hors-série n°93, « Technologies militaires 2024 », Décembre 2023-Janvier 2024.
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