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Quatre ans de guerre plus tard : les inconnues de la puissance militaire russe

Alors que la guerre d’Ukraine se poursuit, les forces armées russes affichent un visage radicalement différent de ce qu’il était quatre ans plus tôt. Si leurs pertes en matériels sont relativement faciles à évaluer, les facteurs et variables les plus essentiels pour l’estimation des capacités militaires de Moscou ne sont pas nécessairement les plus visibles ni les plus aisément quantifiables.

Les forces russes se sont reconfigurées en quatre ans de guerre. La marine et la force aérienne ont subi peu de pertes de potentiel (1), mais nombre de leurs projets des années 2010 ont été retardés, sans cependant être annulés. Le spatial est remonté en puissance – réduisant de gros déficits d’avant – guerre –, mais là aussi avec des retards. Le cyber et les actions clandestines (y compris les actions sur les câbles sous – marins ou l’emploi de drones) sont des domaines qui restent privilégiés et activement utilisés (2), tout comme la dissuasion nucléaire, nonobstant, là aussi, des retards sur plusieurs programmes, à commencer par l’ICBM (Intercontinental ballistic missile) lourd Sarmat. Dans les espaces fluides, le potentiel de la Russie est donc préservé, voire en expansion, et s’enrichit des retours d’expérience de la guerre.

Le front des pertes et de la soutenabilité militaire

La guerre se joue cependant dans les espaces solides, et les trois forces terrestres russes (armée de terre, parachutistes, troupes de marine) sont celles qui ont subi à la fois le plus de pertes et le plus de contraintes sur les structures et la stratégie des moyens. Les pertes matérielles visuellement confirmées, résumées dans le tableau page suivante, sont d’autant plus importantes que, suivant les catégories, elles doivent être majorées de 10 à 20 %. Elles ont été pour partie compensées par des déstockages et reconditionnements de matériels tenus en réserve. L’édition 2025 de la Military Balance listait encore 2 900 chars, 3 000 véhicules de combat d’infanterie, 2 700 transports de troupes, 6 750 obusiers et 1 350 lance – roquettes multiples en stock (3). Si ces chiffres sont manifestement surévalués au regard des données de l’édition 2024, l’état des matériels n’ayant pas encore été déstockés les condamne le plus souvent soit à être cannibalisés (4), soit à n’être remis en service qu’à grands frais.

Toujours dans le domaine matériel, on constate que les programmes de nouvelle génération (familles Armata, Bumerang, Kurganets, obusiers Koalitsyia) sont considérablement ralentis : plus de dix ans après leur première présentation (5), ils ne sont pas encore produits en grande série. La Russie a en revanche renforcé son avantage comparatif dans les différents domaines de la guerre électronique, mais aussi développé ses capacités en matière de drones. Si elle ne s’aventure pas dans le domaine des drones MALE (Medium altitude, long endurance), la production a explosé, avec plus d’un million de microdrones produits en 2025, et des prévisions supérieures pour 2026, avec l’avantage d’une production locale de fibre optique. Celle d’OWA-UAV (One-way attack – Unmanned air vehicles) devrait doubler, avec environ 60 000 Shahed/Geran prévus fin 2026, contre environ 30 000 en 2025. Suivant l’exemple de l’Ukraine, la Russie a mis en place en novembre 2025 une branche spécifique dans ses forces, qui a le même rang que les RVSN (missiles balistiques) et les VDV (parachutistes).

Le domaine le plus délicat pour les forces terrestres russes est toutefois celui des ressources humaines. Les pertes sont difficiles à évaluer. Mi-janvier 2026, Mediazona avait identifié plus de 163 000 morts, mais tous sont loin d’être connus : le média a, par exemple, identifié 6 302 officiers là où le compte X @KilledInUkraine en dénombrait 7 495 le 22 décembre 2025, également de manière vérifiée. L’estimation du nombre de tués par Mediazona, par inférence statistique au regard des pics de mortalité dans l’ensemble de la population russe, est d’environ 219 000 (6). Il faut y ajouter les blessés incapables de reprendre le combat, de sorte que l’on peut tabler, de manière conservatrice, sur plus de 450 000 hommes mis définitivement hors de combat. Certaines estimations sont plus élevées. Le spécialiste des questions politiques et militaires russes Yuri Fedorov estimait pour sa part que ces pertes se situaient déjà entre 330 000 et 525 000 hommes mi-2024 (7).

Reste aussi qu’après environ 500 000 recrutements en 2022 et 2023 (conscrits inclus), plus de 872 000 contrats ont été signés en 2024 et 2025, selon les chiffres officiels russes (8). Le volume total des forces ne croît cependant pas dans les mêmes proportions : toutes armées confondues, il passe d’environ 900 000 hommes en 2022 à environ 1,5 million fin 2025, ce qui s’explique certes par les pertes définitives, mais aussi par les retours à la vie civile (fins de contrat ou retraites). Comme l’Ukraine, la Russie n’a pas mis en œuvre de mobilisation générale, ce qui lui aurait permis de disposer d’environ 1,5 million de combattants, selon les chiffres de l’IISS. Et si une partie des réservistes ont signé des contrats de volontariat, leur remise à niveau avant engagement dans les opérations se heurterait aux mêmes difficultés que celles rencontrées par la formation des volontaires.

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