La Heyl Ha’Avir représente avec les forces spéciales la « pointe de diamant » d’Israël en termes de capacité d’attaque à long rayon d’action. Mais elle joue également un rôle central dans la relation aux Territoires palestiniens, qu’il s’agisse d’occupation aérienne ou de capacités de frappe. Avec un problème à la clé : comment concilier des dynamiques partiellement antagonistes ?
Dire que la force aérienne israélienne (IAF – Israeli Air Force) est l’une des plus expérimentées au monde est un pléonasme : au fil des ans, elle a ainsi détruit plus de 880 appareils de combat égyptiens, syriens, jordaniens ou irakiens (1), sans compter les drones, les roquettes (2) et, tout dernièrement, des OWA-UAV (One way attack – Unmanned air vehicles) et des missiles balistiques (3). Le spectre d’intervention est lui – même large, depuis des actions d’évacuation de ressortissants jusqu’à des frappes sur des installations nucléaires en Irak (opération « Opera », 1981) et en Syrie (« Orchard », 2007) en passant par des actions en appui direct des forces terrestres, de l’appui aérien rapproché aux évacuations sanitaires.
Dans la pensée stratégique israélienne, la force aérienne bénéficie d’une aptitude intrinsèque à basculer d’actions aux finalités tactiques à des actions aux finalités stratégiques, du fait même de la structure de ses moyens et de sa planification. C’est ce qu’illustre une série d’opérations menées depuis les années 1980. Lors de l’opération « Jambe de bois » (Wooden leg), le 1er octobre 1985, une frappe est ainsi menée sur le quartier général de l’OLP (4) à Tunis, à 2 300 km, par huit F‑15 adaptés à l’emport d’armes air-sol. Elle fait écho à celle du 9 octobre 1973, sur le quartier général des forces syriennes à Damas ; mais aussi à la possibilité de frappes sur l’Iran si le besoin venait à s’en faire sentir. L’objectif premier est l’établissement d’un rapport de dissuasion qui, si celle-ci échoue, doit aboutir à des effets sur le système militaire adverse.
L’Iran en ligne de mire
En ce sens, l’analyse de la campagne aérienne israélienne en Syrie, dans les années 2010, est intéressante. Évidemment, l’IAF a été engagée à plusieurs reprises contre la Syrie – y compris de manière particulièrement spectaculaire. L’opération « Mole Cricket 19 », en juin 1982, voit ainsi la liquidation, en 24 heures, des batteries antiaériennes syriennes dans la plaine de la Bekaa, dans ce qui reste la dernière grande bataille aérienne. À la fin du mois de juillet, les Syriens avaient perdu 87 appareils (5). Mais l’occurrence de la guerre civile syrienne montre également une réelle activité sur un mode défensif – la destruction d’un Su‑24 par un Patriot en septembre 2014, puis de plusieurs drones, y compris par des AH‑64 –, mais aussi en cherchant à interdire le développement des proxys iraniens dans le pays.
Des convois du Hezbollah en Syrie ont depuis été atteints à plusieurs reprises, de même que des positions des milices pro – iraniennes, en particulier entre 2016 et 2018. Dès 2018, des F‑35 sont notamment utilisés, avec des frappes menées depuis l’espace aérien libanais, qui permettent de détruire des SA‑22 Pantsir, ouvrant la voie à des missiles de croisière, principalement des Delilah. En novembre 2023, dans le contexte de l’opération « Épées de fer » et alors que le Hezbollah libanais mène une campagne de tir de roquettes de basse intensité, les aéroports de Damas et d’Alep sont frappés au niveau des pistes. Si celles-ci sont inutilisables un temps, la frappe a aussi des vertus déclaratoires au regard des tactiques de contournement adoptées par Téhéran.
En la matière, la nécessité de longue portée fait loi. En 2009, c’est sur l’expérience de « Jambe de bois » qu’un raid sur un convoi d’armement provenant d’Iran et transitant par le Soudan en direction de la bande de Gaza était conduit. Le choix même du F‑15I puis du F‑35 et le renforcement des capacités de ravitaillement en vol y font directement écho, tout comme, plus récemment, celui du F‑15IA. Si le F‑15I est un F‑15 doté de systèmes israéliens (contre-mesures électroniques, pod de désignation Sharpshooter, systèmes de navigation, de transmissions d’images et de données entre chasseurs, viseur de casque Dash IV), le F‑15IA est plus proche du F‑15SA saoudien ou du F‑15EX américain. C’est le cas pour le cockpit, mais aussi pour l’endurance en vol et le rayon d’action. Nombre de systèmes structurants resteront en revanche israéliens, tant dans l’électronique que dans l’armement, qui inclura des engins comme le Python 5 ou le Delilah.














