Réveil asiatique
L’exemple britannique montre que des acteurs comme la Corée du Sud ou la Turquie sont également entrés sur le marché. Hyundai a ainsi construit l’Aotearoa néo-zélandais et DSME le Maud norvégien en plus des Tide. Au-delà des unités pour la marine d’Ankara, les chantiers turcs ont engrangé des succès au Pakistan et, plus récemment, au Portugal. Mais le véritable enjeu est chinois. La formidable montée en puissance hauturière de Pékin s’est accompagnée d’un programme d’abord timide : trois Fuquing – entre – temps sortis de service – et un autre pour le Pakistan. Une variante modernisée, le Similan, a été vendue à la Thaïlande. Il faut y ajouter un Komandarm Fedko dont la construction s’était interrompue à Kherson à la chute de l’URSS. Acheté en 1992 à l’Ukraine pour être achevé, il est entré en service en 1996 et est toujours opérationnel. L’essentiel de la flotte chinoise actuellement en service repose sur deux types d’unités :
• les neuf Type‑903 (code OTAN : Fuchi I/II) déplacent 23 370 t.p.c. pour une longueur de 178 m et ont été conçus sur la base du Similan. Après la mise en service de deux unités en 2004, la construction s’est interrompue, avant que les admissions ne reprennent, neuf ans plus tard. Six unités ont été reçues entre 2013 et 2016, et la dernière en 2019. Ce sont eux qui accompagnent les flottilles chinoises au large de la Somalie et dans les éventuels déploiements européens consécutifs, ou encore dans le Pacifique sud ;
• les deux Type‑901 (code OTAN : Fuyu) sont des ravitailleurs d’escadre de 45 000 t.p.c. et 240 m de longueur, destinés à appuyer les déploiements des groupes aéronavals et admis au service en 2017 et 2018.
Si la Chine dispose de la première flotte de ravitailleurs d’Asie, il faut aussi constater que son dimensionnement reste déficitaire au regard du nombre d’unités à soutenir – trois porte – avions et une petite centaine de grands bâtiments de combat de surface – et, surtout, de la vision d’une marine quotidiennement apte aux actions globales. À titre de comparaison, la Royal Fleet Auxiliary britannique alignait en 2007 quatre ravitailleurs polyvalents, trois grands pétroliers, deux de moins de 8 000 t.p.c., et deux ravitailleurs en fret. Opérant à l’échelle mondiale, elle soutenait une flotte comptant alors deux porte – aéronefs et seulement 26 grandes unités de combat de surface. Certes, contrairement à l’US Navy qui continue de dominer les autres marines en termes de capacités de ravitaillement, la marine chinoise opère d’abord depuis ses bases, la majorité de ses déploiements ne s’effectuant qu’à une échelle régionale.
En attendant, au moins deux nouveaux Type‑903 étaient en cours d’essais à la mer en juin 2025, tandis que la Chine développe depuis plusieurs années déjà l’interopérabilité entre sa flotte marchande et sa marine de guerre (4). Les lacunes chinoises en termes de projection hémisphérique devraient donc se résorber peu à peu, mais il reste à voir si de nouvelles mises sur cale auront lieu. Comparativement, l’US Navy poursuit sa remontée en puissance et prend clairement en compte le tournant indo – pacifique : si elle était passée de 32 unités en 1992 à 24 en 2007, elle en compte actuellement 34, les John Lewis devant permettre à terme le remplacement des Henry J. Kaiser.
Notes
(1) Voir le dossier que nous consacrions aux capacités françaises, dans Défense & Sécurité Internationale, no 109, décembre 2014.
(2) Voir leur fiche technique dans ce numéro.
(3) Voir leur fiche technique dans Défense & Sécurité Internationale no 141, mai-juin 2019.
(4) Grégory Bouvet, « La quatrième marine chinoise : la flotte marchande de Pékin », Défense & Sécurité Internationale, no 148, juillet-août 2020.
Légende de la photo en première page : La Marine ravitaillant des unités américaine et allemande en 2008. Les Durance ont induit une rupture en termes d’architecture navale et étaient particulièrement novateurs pour leur époque. (© US Navy)













