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De l’invasion de l’Ukraine à l’essor de l’IA : les nouveaux moteurs du marché de l’énergie

Après une brève parenthèse marquée par des engagements environnementaux, les entreprises de combustibles fossiles semblent privilégier à nouveau l’expansion du pétrole et du gaz. En 2022, les cinq plus grands groupes pétroliers (Exxon, Chevron, Shell, BP et TotalEnergies) avaient réalisé des profits record à hauteur de 180 milliards de dollars. Comment le contexte géopolitique leur a-t-il été favorable pour atteindre ces bénéfices ?

A. Bigouret : Les profits record des entreprises pétrogazières sont intimement liés à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, débutée en février 2022. Le retour de la guerre en Europe a eu deux effets majeurs sur les marchés de l’énergie. Tout d’abord, alors que la Russie était un fournisseur majeur d’hydrocarbures pour l’Union européenne, la chute de ses livraisons par gazoduc a fait bondir les prix et contraint les États européens à opérer une reconfiguration rapide de leurs approvisionnements — notamment vers le GNL, en particulier américain, qui évolue sur un marché mondial plus étroit et donc plus volatil. 

En parallèle, l’incertitude géopolitique a provoqué une aversion au risque sur les marchés de l’énergie, intégrant une prime de risque liée aux craintes de ruptures d’approvisionnement, aux sanctions européennes envers la Russie et à l’évolution du conflit, ce qui a renforcé la volatilité et soutenu des prix de l’énergie élevés. Durant cette période, la majeure partie des flux de trésorerie exceptionnels qui ont irrigué l’industrie des hydrocarbures ont été rendus aux actionnaires, donc utilisés pour racheter des actions ou rembourser des dettes, plutôt que réinvestis. 

Depuis 2022, les marchés mondiaux se sont progressivement rééquilibrés, même si la volatilité des prix, en particulier ceux du gaz naturel, demeurait en 2025 nettement supérieure aux niveaux historiques, en Europe et en Asie. Ainsi, bien que toujours élevés, les bénéfices des entreprises du secteur sont en net retrait, avec une chute de 50,2 % pour les cinq majors depuis 2022. Si le contexte géopolitique demeure instable, il n’est donc plus aussi favorable aux entreprises pétrogazières, car les marchés ont globalement intégré la rupture de 2022.

Aux États-Unis, le président Trump s’est emparé du mantra « Drill, baby, drill ! », aux côtés du secteur de l’IA et de la « tech » qui, avides d’énergie, prônent une stratégie « d’abondance énergétique », dépendante de l’électricité produite à partir du gaz. Dans ce contexte, quels sont les effets attendus sur l’offre et la demande de pétrole et de gaz ? 

La conjoncture actuelle est différente pour le pétrole et pour le gaz naturel. Concernant le pétrole, la volonté politique ne semble pour le moment pas supplanter celle des marchés. Depuis 2022, le prix du baril a chuté de 30 %, avoisinant le niveau pré-pandémique, principalement en raison d’un excès d’offre dans un contexte de ralentissement de la croissance de la demande pétrolière. Les entreprises pétrolières appliquent donc la discipline de capital : elles privilégient les retours aux actionnaires et l’optimisation des actifs existants et limitent les nouveaux forages aux projets les plus rentables. Ainsi, la production américaine de pétrole devrait être en léger recul en 2026.

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