La loi des ordres de grandeur vient compléter la démonstration. Aux côtés del’armée de Terre pesant 120 000 personnes pour environ 30 % des crédits du programme d’équipement des forces par extrapolation, de la Marine (35 000 personnes pour 40 % des crédits) et de l’armée de l’Air et de l’Espace (45 000 personnes pour 30 % des crédits), une nouvelle force à parité devrait rassembler un effectif d’au moins 10 000 individus et 10 % des crédits. Un regroupement des outils destinés à l’espace, au cyber et au champ informationnel devrait atteindre cette masse critique. La loi de Programmation militaire 2024-2030 prévoit justement des enveloppes de cinq milliards d’euros pour la contre – ingérence, de six milliards pour le milieu spatial et de quatre milliards pour la cyberdéfense. La Chine et les États-Unis montrent les signes extérieurs de cette dynamique d’incorporation. Là où les Chinois, certainement influencés par leur tradition administrative centralisée, ont proposé la logique du bloc dès les années 2010, les Américains adoptent une position moins linéaire, mais la relation entre leurs grands commandements de milieu et les effecteurs est finalement très semblable à une culture d’armée.
Sans ambition immédiatement performative, l’idée de l’intégration au sein d’un corps comme voie finale d’optimisation des unités dédiées aux nouveaux espaces fluides se fait jour. De la même manière que les résultats de l’intégration interarmées ont existé avant la formalisation de principes organisationnels définitifs, il semble probable que l’appropriation du M2MC exigera la logique identitaire à laquelle seul un service peut répondre. En France, à l’échelle des moyens nationaux, cela correspondrait à une combinaison espace/cyber/informationnel à parité avec les trois grands corps traditionnels. À l’horizon 2035, une fois le processus CSI achevé, peut-être un nouveau général Ailleret lancera-t‑il le projet d’une « armée de l’éther »…
Légende de la photo en première page : Lancement d’Ariane 6, le 6 mars 2025. Le spatial relève naturellement des espaces fluides. (© ESA)













