Cette compétition donne naissance à une nouvelle forme de dissuasion, cette fois de nature purement robotique, qui se superpose à la dissuasion nucléaire historique et la complète. À la différence du nucléaire, la dissuasion robotique présente un très haut niveau de dissémination vers des puissances de taille intermédiaire, capables de se doter facilement d’unités robotisées de très haut niveau. L’Europe et la France n’ont d’autre choix que d’entrer pleinement dans cette nouvelle dynamique en accélérant le développement de leurs bases industrielles et technologiques de défense (BITD).
Libérer l’innovation de défense en France
Il est important de rappeler que notre BITD, composée de 4 500 start-up, PME, ETI et grands groupes, est l’une des meilleures du monde, et qu’elle occupait les deuxième et troisième places du classement mondial des ventes d’armes en 2025 et 2026. Les « Big 7 » français (Thales, KNDS, MBDA, Safran, Dassault, Airbus, Naval Group) réalisent des exploits commerciaux sur tous les continents et fournissent à la France un socle de souveraineté industrielle de très haut niveau.
Les difficultés apparaissent le plus souvent au niveau des start-up et des TPE de la défense, qui peinent encore à lever des fonds en France et à obtenir des commandes publiques. La majorité des fonds d’investissement français refusent toujours d’investir dans des start-up de l’armement, en se référant aux chartes d’investissement socialement responsables et aux critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). Il s’agit d’un premier obstacle, peu évolutif dans le temps, qui limite fortement l’engagement des jeunes ingénieurs et chercheurs vers le secteur de la défense. Quelques fonds spécialisés ont vu le jour, mais ils restent très minoritaires dans le paysage du capital-risque français. Ce verrou est encore renforcé lorsqu’il s’agit de financer des projets hardware, mécatroniques ou robotiques. Les fonds acceptant de s’engager sur des dossiers de drones ou de robots demeurent très rares sur notre territoire.
L’État pourrait mettre en place des avantages fiscaux ciblés en faveur des fonds jouant le jeu des investissements « kakis » et, à l’inverse, pénaliser ceux refusant tout investissement dans le domaine militaire. Concrètement, il reste aujourd’hui très difficile de trouver un financement pour une start-up développant des drones militaires ou des composants pour drones aériens, et le fonds spécialisé Definvest est difficilement accessible pour la majorité des entrepreneurs. Les dispositifs de soutien et de subvention manquent également de visibilité. L’ouverture d’un guichet unique, s’appuyant sur de nouvelles métriques de détection de l’innovation de défense, serait une avancée majeure pour l’écosystème français.
Des verrous purement réglementaires persistent et freinent l’innovation dans le segment des drones aériens. Il est urgent d’ouvrir enfin le ciel français au vol des drones et de simplifier le millefeuille administratif des déclarations SORA — acronyme anglais pour « évaluation des risques pour opérations spécifiques » — ainsi que des demandes d’autorisation de vol. La Direction générale de l’aviation civile (DGAC) et les Directions de la sécurité de l’aviation civile (DSAC) doivent travailler en urgence à ces simplifications et à l’ouverture du ciel aux drones aériens.
Enfin, alors que cette question ne sera traitée qu’à l’occasion de l’élection présidentielle de 2027, la commande publique doit être repensée : réforme des critères d’attribution dans le domaine des drones et abandon de certaines doctrines toxiques prônant le soutien d’un seul acteur industriel au détriment des autres. La commande publique doit s’appuyer sur des métriques de performance au combat et sur des classements objectifs du niveau d’efficacité des technologies. Si nous n’adoptons pas ce protocole, nous perdrons la bataille de l’innovation avant de perdre la guerre…
Légende de la photo en première page : Dans l’Ouest de la Pologne, en septembre 2025, une vingtaine de drones présumés russes survolent le territoire polonais. Varsovie a estimé en janvier 2026 qu’un « bouclier » antidrones à sa frontière devrait voir le jour et lui couterait environ deux milliards d’euros. (© Shutterstock / dotshock)













