Les modalités des accords de partage seront calquées sur celles de l’OTAN. Les troupes russes et biélorusses s’entraînent au largage d’ogives nucléaires après l’ordre de lancement donné par le président russe et le montage de l’ogive sur le système de transport par le 12e GUMO russe [Glavnoye Upravleniye Ministerstvo Oborony, unité spécialisée dans le transport des munitions nucléaires]. Ce n’est qu’à ce moment-là que la Biélorussie sera en mesure de larguer ces ogives vers des cibles prédéfinies, sous le strict contrôle russe. En réalité, cela ne change pas grand – chose, si ce n’est que les ogives nucléaires russes sont plus proches des frontières de l’OTAN. Cela fait de ces armes des cibles de grande envergure dès le début d’un conflit avec l’OTAN, accentuant ainsi la pression exercée sur la Russie, contrainte de les utiliser sous peine de les perdre. Cependant, puisque l’OTAN n’envisage pas d’attaquer la Russie ou la Biélorussie, cela ne modifie en rien nos plans.
Nous avons consacré un temps considérable – et des sommes importantes – au démantèlement de milliers d’armes nucléaires ex – soviétiques, à une époque où le contrôle des armements nucléaires était un pilier de la sécurité internationale. La Russie a suspendu sa participation au traité New START. Mais dispose-t‑elle des ressources nécessaires pour construire de nouvelles armes nucléaires et en a‑t‑elle la volonté ?
Oui, la Russie dispose d’un programme nucléaire important, incluant la fabrication d’ogives, l’enrichissement d’uranium, la séparation du plutonium et la production de systèmes de missiles. Quant à savoir si elle en a réellement besoin, de nombreuses armes sont en attente de démantèlement, constituant ainsi un stock de réserve inactif. Ces ogives peuvent être remises en état et devenir opérationnelles avec un minimum d’efforts ; la Russie pourrait donc atteindre rapidement et facilement un stock de 6 000 ogives, voire plus. L’objectif de 10 000 est ensuite envisageable : rappelons que, dans le cadre des traités START et New START, la Russie a réduit la capacité d’emport de ses missiles, de 10 à 12 ogives à une seule. Elle pourrait très prochainement et sans surcoût les installer sur les missiles existants. Si elle équipait tous ses missiles (SLBM et ICBM) de têtes nucléaires à charges multiples (MIRV) et dotait ses avions de missiles de croisière à capacité nucléaire, elle pourrait facilement dépasser les objectifs du traité New START dès demain.
Bien sûr, personne ne possède de boule de cristal, mais quel serait votre avis sur la prochaine édition de la doctrine nucléaire russe ?
Je pense que la stratégie consistera à simplifier, à accroître l’ambiguïté sur les modalités d’emploi des armes et le moment approprié, et à laisser les décisions doctrinales à la seule autorité du président russe. De cette manière, Poutine disposera d’une plus grande marge de manœuvre pour proférer des menaces et tenter d’exercer une coercition efficace contre l’OTAN. Je ne crois pas que cela fonctionnera très bien, mais ils essaieront.
Propos recueillis par Joseph Henrotin, le 17 novembre 2025.
Légende de la photo en première page : La Russie a accordé une attention soutenue à la modernisation de ses capacités nucléaires. Au-delà de la (lente) reprise de la production du Tu-160, ce dernier comme les Tu-95MS ont été dotés du Kh-102. (© Fasttailwind/Shutterstock)













