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Trump 2.0, de l’omniprésence à la tentation de l’omnipotence : quelle opposition ?

La stratégie du fait accompli

Ce point est sans doute le plus saisissant et établit le meilleur contraste historique entre les évènements de 2025 et ceux de 2017. En effet, l’administration Trump a donné l’impression d’arriver non seulement avec un programme, mais également avec une équipe solidement constituée, fondée entièrement sur la loyauté envers le dirigeant et ses vues (1).

Les principales personnalités du cabinet, y compris les plus controversées, ont été désignées dès le 20 janvier, avec pour seul échec le refus du Sénat de confirmer Matt Gaetz au poste de ministre de la Justice. Notons aussi qu’Elon Musk, personnalité de premier plan dans les premiers mois de l’administration Trump, placé à la tête du « Department of Government Efficiency » (DOGE), a été remercié au bout de trois mois — décision prise néanmoins après que Musk et les siens ont pu profondément impacter la fonction publique fédérale grâce aux pouvoirs exceptionnels d’intrusion qui leur avaient été accordés dans l’ensemble des départements et agences du pays. Il a également fallu écarter le conseiller à la sécurité nationale, Mike Waltz, dont l’apparente gestion brouillonne des dossiers nuisait à l’objectif d’efficience de l’administration Trump.

Pour affirmer au maximum la compétence exécutive au détriment du reste du système de gouvernement américain, Trump a publiquement signé une liste impressionnante de décrets dès l’après-midi du 20 janvier, imprimant le style de la nouvelle administration. On a vu en temps réel la mise en œuvre de la « théorie de l’exécutif unitaire », fondement juridique et philosophique chez les penseurs et décideurs conservateurs peuplant cette administration (2). Cela s’est poursuivi tout au long de l’année, les membres politiques rappelant constamment que Trump est le premier et dernier décideur dans toutes les matières.

Les brouillons des décrets avaient été préparés dans les mois précédant la transition et l’élection de fin 2024, donnant l’impression d’entrer en force immédiatement et de dépasser le lent processus législatif, mais présentant aussi pour beaucoup la faiblesse d’être contestables sur les plans légal et constitutionnel, dans le cadre judiciaire. C’est néanmoins l’impression — et le bénéfice politique — du fait accompli qui est recherché.

Des contre-pouvoirs législatif et judiciaire sous contrôle ?

Ce second point s’articule particulièrement avec le premier. Un « exécutif unitaire » omnipotent et hyperactif implique que les contre-pouvoirs constitutionnels ordinaires des États-Unis collaborent et s’effacent devant la Maison-Blanche. Dans le cas du Congrès, il faut rappeler que la majorité républicaine aux deux chambres est si mince qu’elle n’en est pas vraiment une. Le blocage du législatif entre deux pôles opposés renforce sa marginalisation par l’exécutif, qui ne veut pas être contrarié. Trump demeure constamment vulnérable à une défection — souvent pour des raisons personnelles — d’élus qui jugeraient ses actes contraires aux intérêts de leurs électeurs. Les élus républicains sont tiraillés entre le soutien aux mesures de Trump sur les plans fiscal, commercial et économique, et l’inquiétude quant aux conséquences budgétaires et politiques de ce programme. Cela est particulièrement visible dans les quelques cas de fronde avérée de républicains « faucons budgétaires et fiscaux » susceptibles de basculer dans l’opposition.

Dans plusieurs cas, il a fallu recourir au vote supplémentaire du vice-président, J. D. Vance pour l’emporter d’une voix au Sénat. La fermeture historiquement longue du gouvernement fédéral, faute d’accord de financement, entre le 1er octobre et le 13 novembre 2025, procède également de cette vulnérabilité et de ces divisions au sein du groupe parlementaire républicain. Enfin, la tentation de Trump de remplacer des élus récalcitrants par des candidats jugés plus idéologiquement proches de lui n’a pas toujours été payante électoralement — et a même parfois créé, chez ceux qui se réclament des courants conspirationnistes ou des franges les plus ultras du mouvement MAGA, de potentiels adversaires de leur ancien champion.

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