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Trump 2.0, de l’omniprésence à la tentation de l’omnipotence : quelle opposition ?

Intimidation désinhibée et militarisation du maintien de l’ordre

Visant ses adversaires, y compris dans son camp, l’intimidation s’impose comme un autre élément fondamental de la gouvernance de Trump. C’est la superposition de cette intimidation à une vie politique plus polarisée que jamais (3), marquée par un niveau inédit de violence armée et par un débat public hystérisé et hors norme dans l’espace numérique, qui donne cette impression de quasi-guerre civile dans le pays. Les études montrent que les Américains souffrent, à un degré jamais atteint auparavant, de troubles anxieux liés à la vie politique.

En mai dernier, la rupture entre Musk et Trump a donné lieu à un hallucinant déballage d’accusations et à un échange public d’injures sur les réseaux sociaux, effaçant leurs points de convergence fondamentaux sur la pratique ploutocratique du pouvoir. Les intérêts économiques personnels de Musk se trouvaient remis en cause par les intérêts politiques et économiques tout aussi personnels de Trump.

De nombreuses autres personnes ont été livrées en pâture aux menaces physiques après une critique publique émanant de Trump. Beaucoup ont dû recourir à une protection pour eux-mêmes et leurs familles. Dans ses activités immobilières passées, Trump a fréquemment menacé ses concurrents — mais aussi ses partenaires — d’actions en justice, exigeant des dommages et intérêts prohibitifs. Cette arme est désormais érigée en méthode d’intimidation politique. Elle a été appliquée, avec succès, dans plusieurs cas impliquant des universités, de grands médias et des cabinets juridiques que Trump a désignés comme adversaires.

Cette stratégie a pris une dimension spectaculaire avec la décision — politiquement et juridiquement discutable — de mobiliser les forces armées, militaires d’active comme de réserve, afin de « maintenir l’ordre » à l’intérieur des États-Unis, dans plusieurs localités présentées comme récalcitrantes face à l’administration fédérale. Et des localités de premier plan : la première a été la métropole californienne de Los Angeles, où Trump a fait intervenir, contre l’avis du gouverneur, de la législature de l’État et de la mairie, plusieurs milliers de gardes nationaux californiens mobilisés sous commandement fédéral, ainsi qu’un bataillon de Marines, en soutien aux opérations d’arrestation d’immigrés sans papiers menées par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Ont suivi dans ce malheureux schéma la capitale fédérale, Washington DC, puis Memphis, Portland, Chicago et bientôt Charlotte.

Les États et localités concernés ont contesté devant les tribunaux fédéraux la constitutionnalité du recours à des militaires pour des tâches de police non sollicitées par les autorités locales — a fortiori dans des situations où les polices locales ont largement démenti les assertions de désordre brandies par l’administration devant les médias pour se justifier. La crainte d’une instrumentalisation politique des forces armées par l’administration, au service de la répression de la dissidence, s’est renforcée avec la nomination de Pete Hegseth comme secrétaire à la Guerre. Celui-ci a purgé le commandement militaire, l’inspection générale des forces armées et la justice militaire d’éléments jugés « non conformes ».

L’enjeu économique et social

En donnant la priorité aux questions du bien-être économique et social sur la politique, les Américains ont non seulement validé l’impression de fracture analysée par Maya Kandel, Amy Greene et d’autres, mais ils ont accordé le bénéfice du doute à l’administration, attendant de constater les effets économiques et sociaux de sa politique.

C’est ici que se situe une première faiblesse pour le régime de Trump : si une forte croissance économique et un ressenti de prospérité, traduits par la hausse des embauches et des revenus, ne se matérialisent pas rapidement, le trumpisme risque l’échec auprès d’une opinion impatiente, dont les attentes ont été magnifiées.

Dès les premiers mois du mandat, une impression brouillonne s’est dégagée. D’une part, concernant les effets socioéconomiques des fortes coupes budgétaires et des licenciements brutaux opérés par Musk et le DOGE dans les services publics fédéraux (y compris la très controversée « suspension du Medicaid » (4)). D’autre part, concernant les conséquences sectorielles et géographiques des tarifs douaniers unilatéralement décrétés par Trump à l’encontre du reste du monde, et en premier lieu contre les partenaires commerciaux des États-Unis. Le trouble ressenti par les marchés boursiers, comme par les patrons de l’industrie qui croyaient que Trump défendrait leurs intérêts, ainsi que celui des consommateurs ordinaires confrontés à l’érosion continue de leur pouvoir d’achat par le renchérissement des biens de consommation, n’est pas négligeable.

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