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Le viol comme arme de guerre : une stratégie délibérée, au cœur des conflits contemporains

Cette définition extensive révèle d’emblée la complexité du phénomène, qui dépasse largement le seul viol pour englober un continuum de violences sexuelles instrumentalisées. Cette approche inclusive reconnait que les violences sexuelles en temps de guerre touchent toutes les catégories de population, remettant en question la vision traditionnelle qui cantonnait ces violences aux seules femmes. Elle permet surtout de saisir comment ces violences s’adaptent aux contextes spécifiques de chaque conflit, tout en révélant leurs objectifs stratégiques constants. Car c’est précisément cette diversité d’emplois qui fait de la violence sexuelle une arme si redoutable dans les conflits contemporains.

Les objectifs multiples d’une arme de destruction massive

Une arme génocidaire : Rwanda et ex-Yougoslavie

Le génocide rwandais de 1994 et les conflits en ex-Yougoslavie (1991-2001) marquent un tournant dans la compréhension des violences sexuelles comme levier de destruction de groupes entiers. Au Rwanda, les femmes rwandaises ont été soumises à ces crimes à grande échelle, perpétrés par les membres des milices hutues, par exemple les Interahamwe, mais aussi par d’autres civils et par les soldats des Forces armées rwandaises (8). L’un des traits les plus caractéristiques du génocide rwandais fut le recours délibéré à des agresseurs séropositifs, chargés de contaminer leurs victimes. Selon les Nations Unies, environ 67 % des survivantes de viols recensées pendant le génocide étaient séropositives, un taux six fois supérieur à la moyenne nationale de l’époque (9). Le viol s’est ainsi mué en arme de destruction biologique, au service d’un projet génocidaire planifié visant à empêcher toute régénération du groupe ethnique ciblé (10).

En ex-Yougoslavie, les camps de viol mis en place par les forces serbes révèlent une approche tout aussi méthodique (11). Les femmes bosniaques et croates y sont détenues jusqu’à ce que leurs grossesses soient suffisamment avancées pour rendre l’avortement impossible, les contraignant à donner naissance à des enfants conçus dans la violence. Cette méthode vise à « purifier ethniquement » les territoires en détruisant les liens communautaires et en imposant une descendance « ennemie » aux groupes ciblés (12).

Ces deux exemples illustrent comment le viol devient un outil de génocide culturel et biologique, visant non seulement à détruire des individus, mais aussi à annihiler l’existence même de groupes ethniques ou religieux. Ces actes acquièrent ainsi une dimension collective, transformant chaque viol en attaque contre l’ensemble de la communauté.

Un moyen de répression politique : Syrie et Iran

La répression des mouvements de contestation politique révèle une autre dimension opérationnelle dans le recours aux violences sexuelles. En Syrie, dès les premières manifestations de 2011, le régime de Bachar el-Assad a fait du viol un dispositif de terreur dans ses centres de détention (13). Les Nations Unies et les organisations de la société civile ont documenté l’usage de ces pratiques contre des hommes, des femmes mais aussi des adolescentes, ciblées non pour leurs actes, mais en raison de leur lien familial avec des opposants présumés (14). Cette pratique dépasse le cadre de la torture individuelle : elle vise à détruire psychologiquement les victimes et à envoyer un message d’intimidation aux opposants politiques.

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