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Repères Syrie – Minorités. Druzes de Soueïda : généalogie d’un massacre

Lorsque la résistance druze lança une contre-offensive le 16 juillet 2025, l’administration centrale déploya des renforts comprenant des combattants djihadistes étrangers, notamment des Turkmènes. Le lendemain, après qu’Israël eut bombardé l’état-major syrien à Damas, elle fit appel à des forces tribales de toute la Syrie, ainsi qu’à la 80e division, composée de djihadistes, pour compenser le retrait de ses unités régulières. Hikmat al-Hijri sortit sain et sauf des différentes attaques.

Une soumission par la force

Les préparatifs ne se limitèrent pas aux ministères de la Défense et de l’Intérieur. Plusieurs services étaient mobilisés pour créer un environnement propice à l’assaut : coupures d’électricité et d’eau, interruption des communications… Ces mesures avaient été testées à petite échelle début juillet 2025, puis appliquées à l’ensemble de la province lors du lancement de l’offensive. L’assèchement des ressources financières et l’arrêt des dépenses publiques contribuaient également à isoler la population et à accentuer son sentiment de vulnérabilité. L’opération avait deux objectifs : imposer un contrôle total et négocier sous la contrainte du feu. Elle fut précédée d’une préparation politique, économique et administrative comprenant l’arrêt des dépenses publiques, la paralysie des institutions, l’isolement de la province et la coupure de la route principale reliant Damas. Sa structure s’appuyait largement sur des blocs tribaux et radicaux, ce qui permettait de créer un choc initial en ouvrant plusieurs fronts simultanés.

Du point de vue de la planification, l’assaut apparut comme une manœuvre complexe conçue par un commandement conjoint coordonnant des axes multiples, un brouillage électronique et des scénarios alternatifs. Ses différentes étapes – préparation de l’environnement, mobilisation des blocs de combat, répartition des rôles entre ministères et appareils sécuritaires, lancement simultané des attaques – révélaient un haut degré de professionnalisme. La flexibilité du plan se manifesta lorsque les tribus remplacèrent les unités affaiblies par les frappes israéliennes, permettant de poursuivre l’avancée malgré les pertes.

Début septembre 2025, les forces tribales et sécuritaires avaient pris le contrôle de vastes zones des campagnes nord et ouest de Soueïda, empêchant le retour des déplacés. L’assaut de juillet montre comment Damas a combiné calculs militaires et exploitation des divisions sociales pour imposer son projet. Il met aussi en lumière le coût humain et matériel d’une opération conçue non seulement comme une bataille, mais également comme une stratégie globale de soumission d’une province entière, où la guerre est devenue un instrument de gouvernance. 

Note

(1) Cet article est l’adaptation d’analyses de l’auteur parues en anglais et en arabe sur : https://​daraj​.media/​e​n​/​a​u​t​h​o​r​/​m​a​z​e​n​-​a​z​zi/

Légende de la photo en première page : Des Bédouins de Soueïda posent, armes à la main, avant d’aller se battre contre les druzes, le 10 juillet 2025. © Shutterstock/Mohammad Bash

Article paru dans la revue Moyen-Orient n°68, « Syrie : année zéro », Octobre-Décembre 2025.
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