Magazine Les Grands Dossiers de Diplomatie

La guerre asymétrique chinoise le long de la première chaine d’iles

Depuis 1949, Pékin s’efforce de rétablir son contrôle sur des territoires autrefois rattachés à sa sphère impériale, en adaptant ses méthodes à la mesure de ses capacités croissantes. Sur terre, cette ambition s’est traduite par une série de campagnes successives visant à « réunifier » le territoire national ; en mer, elle a évolué selon trois grandes phases : la sécurisation des eaux côtières, le contrôle des archipels clés et la projection de puissance à travers l’Indo-Pacifique.

Les analystes tendent souvent à considérer la mer de Chine méridionale, la mer de Chine orientale, le détroit de Taïwan et la mer Jaune comme des théâtres distincts. Pourtant, la persistance, la séquence et la coordination des actions chinoises dans ces zones témoignent plutôt d’une stratégie maritime globale, de long terme, s’inscrivant dans un espace conflictuel continu et unifié, et visant à remodeler l’équilibre régional des puissances.

Ce qui suit examine comment, au-delà de l’engagement des acteurs traditionnels et paramilitaires, Pékin a, ces dernières années, mobilisé un nombre croissant de plateformes navales non habitées et non conventionnelles pour faire progresser ses objectifs tout en demeurant dans la zone grise.

Une volonté de reconstituer un territoire impérial fantasmé

Cela est notamment dû au fait que l’acteur principal, mais aussi commun à l’ensemble de ces théâtres, soit le même pays, la Chine, ainsi qu’au parallèle observé entre les méthodes employées sur terre comme en mer. À terre, les autorités de la Chine nouvelle (1) ont en effet mené, dès sa formation en 1949, une vaste campagne visant à effacer l’impact du « siècle d’humiliations » et à réunifier l’ensemble du territoire impérial ayant précédé les traités inégaux, quand bien même les territoires concernés étaient en grande partie sous un contrôle des plus théoriques. Cette stratégie s’est traduite par un accroissement de l’usage de la force armée, notamment au cours de l’invasion de 1950 au Xinjiang et au Tibet, mais aussi par la négociation, avec l’ensemble de ses voisins, y compris la Russie et la Corée du Nord (voir tableau 1).

La dimension maritime, longtemps oubliée ou ignorée

De la même manière, en mer, la Chine a entrepris d’étendre progressivement la portée de son contrôle sur la première chaine d’iles au travers d’une approche séquencée, adaptant ses ambitions aux moyens dont elle disposait, passant de la sécurisation de ses côtes à l’extension progressive de son contrôle sur la première chaine d’iles et désormais à la projection de puissance sur l’arc indo-pacifique.

Sur la première phase, faute de disposer d’une flotte de haute mer, la Chine a avancé par opportunité, en s’appuyant sur des chalutiers « blindés » et de petits navires, opérés par des miliciens, pour saisir un certain nombre d’iles proches du littoral, dont l’ile de Hainan, les iles Zhoushan (près de Ningbo) et plusieurs ilots au large du Fujian en 1950, puis les iles Yijiangshan et Dachen en 1954 et 1955, et enfin la partie orientale de l’archipel des Paracels, ou « groupe de l’Amphitrite », en 1956. 

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