Dans un second temps, la Chine s’est assurée du contrôle total de l’archipel des Paracels et d’une position de force au cœur des Spratleys via deux engagements navals : la bataille du Croissant, en 1974, la bataille de Johnson South Reef, en 1988 (2), toutes deux aux dépens du Vietnam. À l’issue de la deuxième, les forces chinoises ont immédiatement érigé des marqueurs de souveraineté sur l’ensemble des récifs revendiqués : Mischief Reef, Subi Reef et Fiery Cross Reef, Hugues Reef, Cuarteron Reef, Johnson South Reef et Gaven Reef. La présence permanente de troupes a commencé la même année avec la construction dès 1988 d’un ensemble de cabanes en bois et en bambou, y compris à Mischief Reef, désignées comme des « abris pour pêcheurs », agrandies pour certaines dès 1989 ou suivies dès le début des années 1990 de structures métalliques, puis, entre 1996 et 1998, de structures permanentes en béton, certaines disposant de pistes d’hélicoptères et de radars.
Enfin, en 2012, a débuté la 3e phase de l’expansion chinoise, avec la prise par la ruse de l’atoll de Scarborough Shoal, suivie peu après par la poldérisation de masse, entre la fin de l’année 2013 et l’année 2016, puis par la militarisation, jusqu’en 2018, de l’ensemble des récifs contrôlés par la Chine. Cette phase s’est d’ailleurs accompagnée d’une nette augmentation de la conflictualité entre la Chine et ses voisins sur l’ensemble de son arc maritime, aussi bien en mer de Chine méridionale, avec l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines et le Vietnam, qu’avec Taïwan, le Japon et la Corée du Sud. Alors qu’entre 1974 et 1991, les principaux incidents impliquaient la Chine et le Vietnam (et plus tard les incidents de 2014 et 2019), la période allant de 2019 à nos jours a connu un revirement important vis-à-vis des Philippines. La ZEE des Philippines comprend ainsi quatre des sept éléments maritimes occupés en 1988 par la Chine (voir tableau 2), auxquels Pékin a ajouté Scarborough Shoal en 2012, puis, à compter de 2021 et 2022, les récifs de Whitsun Reef, Iroquois Reef, Ladd Reef, et l’atoll de Sabina Shoal, occupés en quasi-permanence par la milice maritime chinoise.
Encore récemment, en 2025, la Chine a tenté de prendre possession de Sandy Cay. Par ailleurs, entre 2014 et 2016, la Chine a tenté de poldériser Scarborough Shoal via le dépôt de grandes quantités de coraux morts et le déploiement d’engins de chantier, puis a tenté d’en faire de même à Whitsun Reef et Sabina Shoal à partir de 2021 (voir tableau 2).
À tout cela s’ajoute l’ouverture de bases, à Djibouti en 2017 et à Ream en 2020, ainsi que l’obtention de facilités en Birmanie (station d’écoute de Coco Island), à Cuba (stations d’écoute d’El Salao, Calabazar, Bejucal et Wajay) et au Tadjikistan (bases de Shaymak et Vakhon/Kyzylrabot), voire, selon certaines sources, dans le corridor de Wakhan en Afghanistan (voir tableau 3).

Le renouveau de la stratégie navale chinoise
Sur l’ensemble de la période allant de 1956 à 2025, la Chine a pu compter sur le concours de ces acteurs maritimes, traditionnels (marine, agences maritimes puis garde-côtes) comme non traditionnels (milice maritime) ainsi que sur des acteurs civils formant plusieurs flottes distinctes, comprenant navires scientifiques, navires hôpitaux et navires commerciaux. Outre ces moyens déjà conséquents, la Chine a depuis peu initié la conception, la production et le déploiement d’une multitude de vecteurs sans pilotes, y compris dronisés, qu’elle a déployés sur l’ensemble de ses espaces maritimes proches, et au-delà, dans le Pacifique et jusque dans l’océan Arctique.

La première catégorie comprend les navires appartenant à la marine chinoise, qui s’est nettement modernisée et dont le nombre de navires et le tonnage ont connu une croissance exponentielle (3) depuis le début des années 2000, atteignant aujourd’hui le premier rang mondial en termes de nombre de navires, et le deuxième rang mondial en termes de tonnage. La garde-côtes a connu une évolution similaire, suite à sa création en 2013 par la fusion de plusieurs agences, avec près de deux cents navires, y compris vingt-six anciennes corvettes de la marine, et dont le nombre de patrouilleurs de plus de 1000 tonnes est passé de 40 en 2012 à 135 en 2019, dont trois navires de 12 000 tonnes (CCG 2901, CCG 3901, CCG 5901). La Milice maritime a, par ailleurs, vu le nombre de ses navires passer de quelques dizaines en 1949 à deux cents navires permanents et huit cents navires auxiliaires, dont certains ont été conçus spécifiquement pour les missions spéciales, avec une coque renforcée, des brouilleurs de communication et des caches d’armes. La garde-côtes, tout comme la milice maritime, a par ailleurs été militarisée (4), passant en 2018 sous le commandement de la Police armée du Peuple, elle-même étant supervisée par la Commission militaire centrale.













