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Géopolitique de « l’hiver démographique » dans le monde

L’effet de la prolongation de l’hiver démographique se mesure aussi par le nombre croissant de pays en dépopulation, c’est-à-dire enregistrant plus de décès que de naissances : Chine, Corée du Sud (4), Espagne, France (5) depuis 2024-2025, Italie (6), Pologne, Russie, Thaïlande…

Les causes de cette évolution : fin de la transition et révolution dans la fécondité

Pour que des pays entrent dans l’hiver démographique, il fallait d’abord qu’ils aient terminé leur transition démographique, c’est-à-dire cette période, de durée et d’intensité variables selon les pays, pendant laquelle une population passe d’un régime démographique de mortalité et de natalité élevées à un régime de basse mortalité, puis de faible natalité (7). Or, pour la majorité des pays du monde, les conditions de la mortalité ont structurellement changé, avec de très faibles mortalités infantile, infanto-adolescente et maternelle, inférieures de plus de 95 % à leur niveau du début de la transition démographique, grâce aux considérables progrès médicaux, pharmaceutiques, agricoles ou hygiéniques. En conséquence, les populations, face à l’importance du taux de survie de leurs nouveaux-nés et de leurs enfants, ont adapté à la baisse leur comportement de fécondité (figure 4), et ceci a engendré une forte diminution de taux de natalité. Ainsi, la fécondité moyenne dans le monde s’est considérablement abaissée, passant des environs de 5 enfants par femme dans les années 1950 à moins de 2,3 au début des années 2020. Mais ce chiffre de 2,3 tient essentiellement à l’Afrique, et ne doit pas masquer l’hiver démographique qui concerne la majorité des populations du monde.

Le refus fréquent de considérer la possibilité d’une extension de l’hiver démographique dans le monde tient à l’insuffisance de prise en compte de la révolution de la fécondité (8). En effet, cette dernière, qui a été, dans la longue histoire de l’humanité, souvent aléatoire pour les femmes et les couples, ne l’est généralement plus, compte tenu des possibilités largement généralisées de contraception ou du recours à une pilule abortive ou à un avortement. La naissance d’un enfant ne survient généralement que si elle s’inscrit dans un projet durable, ce qui suppose à la fois la confiance dans un accompagnement dans les besoins liés à l’éducation (par exemple : limiter la perte de pouvoir d’achat, avoir un système qui permet de concilier vie profes-sionnelle et vie familiale et une politique permettant d’accéder à un logement de taille suffisante) et une certaine foi en l’avenir. Or la faible fécondité témoigne que, pour beaucoup de femmes et de couples, ces deux conditions sont insuffisamment remplies. En conséquence, la fécondité s’est affaissée en dessous du seuil de remplacement dans de nombreux pays, finissant par engendrer, une fois épuisés les effets d’inertie, une diminution du nombre des naissances dans les régions en hiver démographique.

Avec ce dernier étendu sur deux tiers des populations, c’est donc une nouvelle géographie des populations du monde qui se dessine, et elle ne peut pas ne pas avoir d’effets géopolitiques.

La baisse de légitimité géopolitique de l’ONU

Un premier constat géopolitique s’impose : les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies, avec leur statut défini en 1945 par la Charte, ne sont plus représentatifs et le seront de moins en moins dans la mesure où ils sont tous les cinq en hiver démographique. En 1945, ils pesaient près de 40 % des populations du monde. En outre, la France et le Royaume-Uni s’estimaient les mandataires des populations de leurs colonies et les cinq pays représentaient donc plus de la moitié des populations du monde. Huit décennies après, sous les effets additionnés des décolonisations, de l’extension de l’hiver démographique mais aussi de l’implosion soviétique réduisant l’URSS à la Russie, les cinq pays représentent moins du quart de la population mondiale. La population de deux d’entre eux — la Russie depuis 1996 et la Chine (9) depuis 2022 — diminue. Sans leur attraction migratoire, avec ses effets sur le nombre d’habitants et sur la natalité, la population des États-Unis, de la France et du Royaume-Uni diminuerait également. À l’inverse, le pays devenu le plus peuplé au monde, l’Inde (10), a le même statut à l’ONU que Monaco, Andorre ou Saint-Marin. Il en est de même de tous les pays africains sur un continent qui avoisine 1,5 milliard d’habitants, soit plus de 18 % de la population dans le monde.

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