Comment le meurtre de Charlie Kirk illustre-t-il l’extrême polarisation de la société américaine et le développement croissant du populisme aux États-Unis aujourd’hui ?
Il faut d’abord rappeler que la violence politique existe aux États-Unis des deux côtés de l’échiquier politique, y compris chez les personnes sans orientation politique très claire. Il s’agit d’une violence qui dépasse largement le simple caractère partisan.
C’est le camp républicain qui a exploité l’assassinat de Charlie Kirk, en magnifiant l’importance qu’il avait eue dans la campagne de Trump. Il a été érigé en véritable martyr républicain, utilisé pour dénoncer la violence de l’ultragauche et accentuer encore davantage les divisions. Il convient de souligner ce double discours, car les républicains ont eu une attitude pour le moins ambivalente après l’invasion du Capitole, qui avait fait cinq morts. Les démocrates manifestent cependant la même tendance, comme l’illustre le cas de Luigi Mangione, accusé d’avoir tué un patron de l’assurance santé en décembre 2024 à New York.
L’assassinat de Charlie Kirk ne marque donc pas de tournant particulier, mais vient juste apporter une nouvelle illustration de la violence politique dans le pays.
Que reste-t-il aujourd’hui des contre-pouvoirs aux États-Unis, alors que le Sénat semble devenir le théâtre d’une domination présidentielle sans partage et que des juges américains s’inquiètent de l’augmentation des menaces contre la magistrature ?
Aujourd’hui, la domination de Donald Trump sur le Congrès est certaine, mais elle n’est pas totale. Trois sénateurs et deux représentants républicains ont voté contre le paquet budgétaire One big beautiful bill act en raison de désaccords de fond. D’autres critiquent sa gestion du gel du budget de l’État fédéral (shutdown). Certains ont voté contre des nominations présidentielles ou exigé la publication des documents relatifs à l’affaire Jeffrey Epstein, qui constitue aujourd’hui le point de division le plus marqué au sein du camp républicain.
Concernant la justice, nous assistons à une politisation à plusieurs niveaux. En France, l’État existait bien avant les partis politiques, alors qu’aux États-Unis, les partis ont contribué à construire l’administration. Ils contrôlent donc les règles de nomination, ce qui engendre une politisation structurelle. Ainsi, il est d’usage que des postes administratifs à responsabilité soient renouvelés lors des changements de majorité. C’est encore plus vrai depuis que la confirmation des juges fédéraux se fait à la majorité simple — une réforme des démocrates —, permettant à la majorité de placer ses fidèles sans compromis.
Trump utilise également la justice en multipliant les procès, notamment contre des groupes de médias. C’est une technique classique du monde des affaires : affaiblir ses adversaires en portant atteinte à leur réputation et/ou à leur porte-monnaie. Le système juridique américain rend ces rétorsions possibles. Trump ne gagne pas toujours, mais des accords à l’amiable peuvent être conclus pour éviter les procès.
Quid de la liberté d’expression et des médias, qui semblent attaqués ?
Il faut distinguer deux situations : celle des groupes de presse écrite et celle des groupes de télévision, qui ne se positionnent pas exactement de la même manière.
Un journal comme le New York Times cherche à résister dans le procès intenté par Trump. Ce dernier lui reproche d’avoir mis en doute sa réussite d’homme d’affaires et tente donc de l’intimider en réclamant 15 milliards de dollars — une somme supérieure à la valeur même du journal. Même si sa première demande a été rejetée et que le motif est considéré comme futile, il peut encore déposer plainte, car ce qui compte pour Trump, c’est d’entrainer le New York Times dans une procédure judiciaire lourde et couteuse. Une procédure similaire est en cours contre le Wall Street Journal, à qui il réclame 10 milliards de dollars. Mais ce journal appartient à Rupert Murdoch, également propriétaire de Fox News — la chaine républicaine par excellence —, qui fait et défait les ambitions du parti républicain. Murdoch et Trump ayant besoin l’un de l’autre, ces poursuites pourraient finalement être abandonnées.













